lundi 12 février 2007

Le pacte présidentiel de Ségolène ROYAL






Discours de Ségolène ROYAL à Villepinte, le dimanche 11 février 2007


Le pacte présidentiel de Ségolène ROYAL : 100 propositions pour la France

Plus juste, la France sera plus forte


Je suis heureuse de voir toute la famille de la gauche rassemblée et vous tous et toutes aussi nombreux que je salue. C’est forte de cette unité que je peux m’adresser à tout le peuple français. Votre présence m’y aide. Vous avez senti que le moment serait crucial. Vous me donnez du courage même si je n’en manque pas.

A cet instant, je veux m’adresser à tous les Français, c'est-à-dire à chacun de vous, qui attendez de savoir de quoi demain sera fait.

Je vais vous parler avec gravité.

L’élection présidentielle est le moment clef où se refonde le pacte républicain et où on va décider l’avenir d’au moins deux générations, compte tenu la lourdeur des déficits relevés.

J’ai voulu prendre le temps de vous écouter.

J’ai entendu vos appels, vos craintes, vos détresses, vos révoltes mais aussi vos attentes, vos désirs, vos espérances.

Aujourd’hui, voici venu le jour de vous dire comment j’entends répondre à ces crises qui minent notre société et qui instillent dans ses veines le terrible poison du doute, de la résignation et, parfois, de la colère mais comment aussi permettre à la France de saisir toutes ses chances, et elles sont nombreuses, de libérer tous ses talents, toutes ses énergies.

Vous êtes venus très nombreux dans cette phase de démocratie participative.

Plus de 2 millions d’entre vous sont venus, d’une façon ou d’une autre, dire ce qu’ils avaient sur le cœur et que la société politique n’entendait plus.

Cette parole que vous avez prise, je vous demande de la garder.

A ceux qui ne l’ont pas prise, je demande de la prendre au plus vite. J’ai besoin de vous, de vos intelligences, de vos exigences, de vos générosités pour construire une France qui se ressemble et se rassemble.

Avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans vous.

C’est forte de cette phase d’écoute et soucieuse de respecter votre effort pour prendre la patole que je me sens en mesure, aujourd’hui, de vous proposer plus qu’un programme : un pacte d’honneur, un contrat présidentiel, que je propose à tous et à toutes, les plus vulnérables comme les plus forts, ceux qui sont nos partisans depuis toujours et ceux qui ne le sont pas ; car la France a besoin de tous les siens ; elle a besoin de ceux qui vont bien comme de ceux qui décrochent ou qui ont peur de décrocher. Je veux, aujourd’hui, redonner courage et espoir aux plus faibles. Je veux, à tous, dire que le temps de l’imagination et de l’audace est venu. Je n’oublierai personne car, pour que la France se relève, elle a besoin de chacun et de chacune.

J’ai bien dit un pacte d’honneur et de confiance. Car j’ai aussi compris (et je m’en réjouis !) que vous ne croyez plus à la magie des promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent. Vous ne croyez plus aux engagements d’un jour et à la démagogie. Et c’est pourquoi je veux vous dire la vérité, la difficulté de la tâche qui nous attend, en même temps que ma détermination à l’accomplir avec vous.

Nous allons agir ensemble.

Nous allons, ensemble, faire que la France se retrouve et que chacun l’aime et se retrouve en elle et accomplisse le changement profond, une autre façon de voir les choses.

Le temps n’est plus aux colmatages ou aux accommodements avec des systèmes qui ne fonctionnent plus.

Il faut tout revoir, tout repenser – et ne craindre ni d’imaginer ni d’inventer.

Il faut entendre et lire, dans les cahiers d’Espérances issus de nos débats participatifs, le cas d’Odile, cette mère célibataire, admirable de courage et de dignité, qui attend un logement depuis 4 ans et raconte sa honte de vivre, avec ses deux filles, dans une chambre de 12 m².

Il faut entendre Martine me dire, les yeux secs, le regard fier, mais les larmes dans la voix : « quand les enfants sont invités à un goûter d’anniversaire, j’invente une excuse pour qu’ils n’y aillent pas parce que je ne peux pas rendre l’invitation ».

Je faut entendre ce père de famille alsacien que je n’oublierai, moi, jamais : « je vis le RMI comme une maladie honteuse ; je ne veux pas être un assisté malgré moi ; je ne veux pas que les enfants me voient comme ça».

Ou encore, à Roubaix, l’histoire d’Adeline, terrorisée à l’idée de retrouver, après notre débat, un mari violent et dont elle ne sait pas qu’il sera capable, un jour, de la battre à mort, comme le subisse trois femmes par semaine.

Ces cris de détresse silencieuse, ces pauvres vies brisées, ces familles humiliées, ravagées par la misère et l’iniquité, ces destins marqués au sceau d’une malédiction qui ne dit pas son nom – c’est tout cela que j’ai à l’esprit, là, à l’instant de m’adresser à vous et c’est cela qui me donne le désir de me battre, de vaincre et de proposer cette politique d’alternance qui, seule, sera capable de surmonter les crises.

Crise des banlieues : dans les quartiers, le feu couve sous la cendre.

Crise économique, avec les emplois qui se détruisent.

Crise sociale.

Crise éducative.

Crise morale.

Crise écologique.

Crise internationale enfin, sur fond de prolifération nucléaire, de montée des fanatismes et hystéries guerrières.

Pour surmonter ces crises, il faut une nouvelle politique.

Pour surmonter ces crises, il faut une France Neuve.

Voilà ce que vous m’avez dit.

Et voilà ce que j’entends mettre en œuvre.

Comment augmenter les bas salaires si les entreprises ferment ?

Comment augmenter les petites retraites si les déficits se creusent ?

Comment augmenter l’effort pour l’éducation et la santé lorsque la dette explose ?

Telles sont les questions que vous m’avez posées. Mais vous m’avez dit aussi que chaque nouveau droit devait aller de pair avec des devoirs.

Et vous l’avez fait avec une franchise, une lucidité, une volonté de refuser les solutions toutes faites et les fausses promesses des marchands d’illusion, vous l’avez fait avec une rigueur dont je dois vous dire qu’elles m’obligent. Et c’est pourquoi j’ai décidé de vous parler en premier de notre situation économique et, en particulier, du problème de la dette.

La dette publique est devenue insoutenable. Elle représente 64% du PIB et 18 000 euros par Français.

Les intérêts qu’elle génère sont devenus à eux seuls la 2ème dépense du budget de la Nation.

Le déficit des comptes sociaux a triplé.

La sécurité sociale est grevée par plus de 80 milliards de déficit cumulé.

Notre appareil productif est affaibli.

Notre commerce extérieur affiche un déficit de 30 milliards d’euros.

La production industrielle stagne et l’investissement productif des entreprises ne décolle pas.

Voilà la France qu’ils nous laissent.

Voilà l’état des lieux au sortir de la période qui s’achève.

Et c’est à vous, c’est à moi, c’est à tous les Français qui, à partir d’aujourd’hui nous rejoindront, qu’il appartient de relever le pays.

Je suis convaincue, par exemple, qu’il faut changer, de toute urgence, notre façon même de concevoir la création de valeurs et de richesses.

Je suis convaincue qu’un développement durable repose aujourd’hui sur trois piliers (économique, social, environnemental) et que la défaillance d’un seul peut faire crouler le tout.

Nous sommes la 5e puissance économique mondiale. Mais nous devons ce rang au travail des Français qui conquièrent des marchés, innovent, prennent des risques et travaillent dur. Et je suis convaincue que nous ne tiendrons durablement ce rang que si nous recréons notre capacité à mobiliser les compétences, à motiver les salariés et à créer, en fait, ce vrai dialogue social qui reste, en France, si terriblement archaïque.

L’inventivité des entrepreneurs doit être, reconnue. Mais la dignité du travail doit être respectée et même remise à l’honneur. Avec cette reconnaissance et ce respect, nous réussirons comme l’ont fait ….. Voilà pourquoi je m’engage à tout faire pour que, si je suis élue, un nouvel essor soit donné à la démocratie sociale et au dialogue social constructif qui va avec. Et voilà pourquoi je m’engage, en même temps, à soutenir l’effort des entreprises innovantes et créatrices d’emplois. C’est ce que j’appelle les cercles vertueux.

Je le crois de toute mon âme : nous avons les moyens de relancer la croissance et la machine économique. Je veux réconcilier les Français avec l’entreprise pour sortir la France des déficits et accomplir des progrès sociaux dont nous avons besoin.

J’en ai pris une claire conscience tout au long de ces semaines passées à écouter et observer : nous sommes un pays d’excellence technologique où pas un jour ne passe sans que des hommes et des femmes se lancent pour donner corps à un projet créateur d’activité, de valeur et d’emploi.

Eh bien je suis reconnaissante à ces entrepreneurs du risque qu’ils prennent et qui permet de créer, chaque année, les emplois que la mondialisation financière déplace.

Je sais gré à ces PME de moins de 250 salariés qui sont plus de 2 millions en France et qui sont nos premières créatrices d’emplois.

Et je m’engage aujourd’hui, devant vous, à tout faire pour soutenir leur effort et pour créer l’environnement dont elles ont besoin et qu’elles méritent.

Je m’engage aussi à faire de la recherche et de l’innovation une des priorités majeures de mon mandat.

Je m’engage à augmenter le budget national de recherche-développement de 10 % par an.

Sur les 65 milliards d'aide aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la Recherche et l’innovation, je m’engage à porter cette part à 15%.

Par des mesures fiscales, je m’engage à encourager les entreprises à innover et à faciliter, pour cela, leur accès aux financements bancaires.

L’Etat soutiendra les pôles de compétitivité qui associent laboratoires et entreprises dans des réseaux d’excellence.

Trop de régions attendent aujourd’hui une aide de l’Etat qui ne vient pas ! Eh bien l’Etat, si je suis élue, soutiendra les porteurs de projets, partout où ils se trouveront, en généralisant les Ateliers de la Création.

Je m’engage à ce que les entrepreneurs qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine propre soient sécurisés par un mécanisme de caution mutuelle.

Je veux aussi que l’école et l’entreprise se rapprochent.

Je veux que l’entreprise devienne un lieu familier aux jeunes dès l’enseignement secondaire et jusqu’à l’université.

Je le veux parce que vous le voulez.

Et vous le voulez parce que l’insertion professionnelle de nos enfants et, donc, leur choix de métier et d’avenir en seront facilités.

Les Français, je l’ai également compris, aspirent à voir l’Etat réformer profondément sa gestion pour dégager des économies et donc des marges d’action.

Sans doute cette réforme sera-t-elle, chez nous, plus difficile à mener qu’ailleurs.

Car la France, n’est-ce pas, s’est constituée autour de son Etat central !

Car il fut, cet Etat, partie prenante à sa construction, sa puissance, sa grandeur !

Mais nous devons agir.

Nous avons un Etat qui est devenu beaucoup trop lourd.

Nous avons trop ministères.

Nous avons des ministères qui ont, en dix ans, changé huit fois de périmètres et donc de dénominations avec toutes les dépenses inutiles, toutes les pertes d’efficacité, que cela suppose.

Il faut réformer tout cela.

Il faut alléger le poids de nos administrations.

Il faut les mettre au service des citoyens alors que, trop souvent, les citoyens ont le sentiment d’être le jouet des administrations.

Il faut soulager des administrations centrales qui s’épuisent à gérer des personnels répartis sur le territoire et des crédits de toutes sortes.

Il faut en finir avec cette lourdeur de l’Etat central qui engendre toujours plus de textes législatifs ou réglementaires – et des textes qui, bien souvent, sont à la fois illisibles et inutiles.

Les fonctionnaires en sont les premières victimes lorsqu’ils s’épuisent en réunions stériles au lieu de donner l’impulsion et la créativité dont ils sont porteurs et qui sont leur vraie vocation.

Face à cette situation, face à ce gaspillage d’énergie et de substance, je propose :

- de limiter le nombre de ministères,

- d’en finir avec l’inflation réglementaire qui nous caractérise trop souvent

- d’expérimenter à chaque fois pour réformer vraiment

- d’engager une nouvelle étape de la régionalisation, mettant fin à la ruineuse superposition des compétences.

Ce sont les régions qui, par exemple, mettront à niveau les bâtiments et résidences universitaires.

C’est aux régions qu’incombera la tâche de sortir les prisons françaises de l’état honteux où elles se trouvent.

Ce sont les régions qui piloteront le service des aides économiques et de la formation professionnelle.

L’Etat, certes, garantira par un fond de « péréquation » l’égalité entre les régions qui bénéficieront donc, pour remplir ces nouvelles missions, d’un transfert de ressources. Mais nouvelles missions pour les régions, il y aura. Nouvelles intelligences territoriales, on verra naître.

Et tant pis pour ce vieux jacobinisme qui est l’un des démons les plus malins de ce pays !

J’ai la passion du service public.

Je sais que les Français sont habités par la même passion.

Et, aussi, les fonctionnaires qui ont une conception exigeante de leur mission.

Ensemble, nous allons donner un coup de jeune à cet Etat colbertiste, jacobin, centralisé à l’excès, croulant sous le poids des ans, des bureaucraties inutiles et des réglementations trop complexes.

Ensemble, nous allons mettre l’Etat à l’heure de ce désir d’autonomie, de responsabilité civique et de liberté que j’ai senti monter d’un bout à l’autre de la France.

Je veux construire un ordre social et économique juste

Le règne sans frein du profit financier est intolérable aux pour l’intérêt général.

Il est insupportable à ceux qui vivent de leur travail et il est dramatique pour ceux qui n’arrivent pas à en vivre.

C’est ce cri de colère que j’entends monter de la France qui travaille et de celle qui aimerait travailler. Colère contre les délocalisations qui dévorent l’emploi.

Colère contre le fait que 23% des jeunes sont sans emploi, que l’âge du premier emploi n’en finit pas de reculer et que la précarité des contrats se généralise.

Colère quand priorité est donnée à la rente et au capital financier et que cela conduit à l’augmentation constante des loyers et du foncier.

Colère quand la moitié des salariés du privé touche moins de 1400 euros par mois, que 4 millions de salariés sont payés au Smic au bout de 20 à 30 ans de travail.

Colère encore quand on sait qu’il y a 7 millions de pauvres en France qui vivent avec moins de 700 euros par mois, que 2 millions d’enfants sont condamnés à vivre dans la pauvreté et qu’il y a là comme une forme moderne de malédiction et de destin.

Les Français, oui, sont en colère face à cela.

Et moi, Ségolène Royal, je dis que ce n’est pas juste, c’est le pacte social qui est rompu et que c’est dangereux.

Nous devons refuser cette situation.

Nous devons stopper le descenseur social.

Comme le criait le père Wreznisky, le fondateur d’ATD Quart Monde, « c’est l’homme qui crée la misère, c’est l’homme qui peut détruire la misère ».

Quand, dans un pays comme la France, deux millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire, quand on sait qu’il y a, chaque jour, en France, 2000 accidents graves du travail, quand on sait qu’à 35 ans un ouvrier ou un employé a sept ans de moins d’espérance de vie qu’un cadre, quand on sait que 27% des salariés travaillent debout en permanence, que 37% sont exposés à l’inhalation de produits chimiques sur leur lieu de travail, quand on sait que les victimes de l’amiante ne sont toujours pas indemnisées ou qu’un million et demi de personnes se trouvent en situation de surendettement, quand on sait, enfin, que les femmes sont les premières victimes des bas salaires et des petites pensions, que l’écart de salaire avec les hommes est encore de 25%, quand on sait tout cela, on est bien obligé de se dire, et de crier, que, oui, le lien social se délite ; on est bien obligé de se dire et de crier que tout cela est comme une cicatrice sur le corps d’un pays qui a inventé la plus belle devise du monde : « liberté, égalité, fraternité » ; et moi, Ségolène Royal, je ne peux pas ne pas m’associer à ce cri, le relayer, lui prêter ma voix et ma volonté

Vous m’avez dit des choses simples et vraies.

Vous m’avez dit vouloir des écarts de revenus moins injustes, une réforme de la fiscalité qui taxe davantage le capital que le travail.

Vous m’avez dit vouloir que le travail soit payé à son juste prix.

Vous m’avez dit, enfin, vouloir que des solutions à la crise du logement soient trouvées au-delà des éternels discours.

Est-il normal, m’avez-vous dit, que des jeunes travailleurs habitent en caravane et que de petits retraités soient chassés de leur logement faute de pouvoir payer leur loyer ? .

Eh bien je vous ai entendus.

Et je n’aurai de cesse, si je suis élue, que de répondre à votre juste colère.

Je propose un pacte présidentiel pour le pouvoir d’achat garanti et la sécurité du logement tout au long de la vie.

Je propose (parce que vous avez été nombreux à me dire que les chiffres officiels de la hausse des prix sont inférieurs à la réalité) une réforme de l’indice des prix. Nous utiliserons des indices de prix différents, tenant compte de la réalité des dépenses des ménages pour revaloriser les retraites, le SMIC et les minima sociaux.

Je m’engage à une hausse du SMIC à 1500 € par mois et à une hausse des bas salaires, au dessus du SMIC, qui sera fixée par les partenaires sociaux dès juin 2007 dans le cadre de la conférence sur les salaires.

Pour que cette augmentation puisse se faire rapidement, et sans pénaliser les petites entreprises, je m’engage à mettre en place un plan massif de formation professionnelle débouchant sur un système gagnant – gagnant : le salarié sera mieux payé, mieux qualifié et l’entreprise plus performante.

Je m’engage, pour les jeunes sans ressources et qui vivent, de plus en plus nombreux, dans la précarité, je m’engage à créer une allocation d’autonomie et d’entrée dans la vie active ; laquelle allocation leur sera versée en contrepartie d’une obligation de formation sérieuse, d’une recherche active d’emploi et, pour les étudiants, d’heures de soutien scolaire auprès d’élèves en difficulté.

Je mettrai en place un plan de rattrapage pour les petites retraites, avec une hausse immédiate de 5 % intervenant dès 2007. Le minimum vieillesse sera versé mensuellement et les retraites de la Sécurité Sociale seront payées au 1er de chaque mois, pour éviter les découverts. Nous procéderons aussi, dès 2007, à une augmentation de 5 % de l’allocation adulte handicapé.

Je rétablirai également le programme Handiscol qui a été démantelé pour permettre d’accueillir tous les enfants handicapés dans le sein de l’école.

J’insiste sur la question du logement.

Je l’ai souvent dit, vous le savez : tout commence par les familles car, si les familles fonctionnent bien et assument leur devoir d’affection, d’éducation et de surveillance, alors les enfants démarrent dans la vie dans de bonnes conditions.

Eh bien le logement est la condition première d’une vie de famille sécurisée.

Et les inégalités criantes dans ce domaine doivent se réduire si l’on veut aider les familles à être ces lieux d’éducation et d’épanouissement des enfants qu’elles doivent être.

Il y a les Sans-Domicile-Fixe, naturellement, pour lesquels des solutions d’urgence doivent être trouvées : je propose, à cet égard, de faire obligation à chaque ville de créer une place d’hébergement d’urgence pour 1000 habitants ; je propose une politique d’accompagnement humain permettant à ceux qui ont basculé, travailleurs pauvres, femmes seules, jeunes à la dérive, de se raccrocher à une utilité sociale ; et je rends hommage au travail des associations qui jouent un si grand rôle pour réinsérer ces gens dans l’activité et dans l’emploi.

Mais l’urgence ne doit pas faire oublier les autres problèmes de fond.

Les scandales les plus criants ne doivent pas occulter le fait que la crise du logement frappe aussi celles et ceux qui travaillent et qui font des efforts pour payer leur loyer.

Je propose, là-dessus, quatre mesures concrètes, bien connues de ceux qui se battent sur ce problème et que j’ai également rencontrés dans le cadre de ces débats participatifs :

1. La construction des 120.000 logements sociaux dont on a besoin et qui, faute d’obéissance à la loi SRU par certaines communes, ne sont pas construits. L’Etat se substituera à la carence de ceux qui s’enferment dans l’égoïsme territorial en lançant lui-même les programmes de logement nécessaires. Il faut cela pour que le droit opposable au logement ne soit pas une promesse électorale ou un vain mot. Il faut cela pour que l’amélioration de la situation des plus démunis ne produise pas l’aggravation de la situation de ceux qui paient leur loyer.

2. La création d’un service public de la caution permettant d’assurer les impayés de loyer et d’éviter les expulsions.

3. La mise en location des nombreux logements vacants spéculatifs. Pour cela seront surtaxés les logements inoccupés depuis plus de deux ans et la possibilité existera pour les communes de procéder à des acquisitions-réquisitions.

4. L’accès à la propriété sera favorisé et encouragé par l’extension des prêts gratuits. Aujourd’hui, les Français aspirent à la propriété de leur logement. Je veux que ce soit possible et que ceux, notamment, qui ont fait l’effort, dans le logement social, de payer leur loyer pendant quinze ans puissent accéder à la propriété.

5. Enfin, avec les Régions, l’Etat aidera à la mise en place d’un programme de logement pour les étudiants et les jeunes travailleurs.

Je serai, aussi, la Présidente du travail pour tous et du métier pour chacun.

Je réhabiliterai la valeur travail.

Dans le pacte présidentiel que je vous propose.

Et d’abord, à la base, j’engagerai une lutte sans merci contre le chômage des jeunes, un des plus élevés d’Europe et l’une des sources du découragement, de la révolte contre l’absence de futur et, à la fin, de la délinquance.

Tout jeune doit pouvoir sortir du système scolaire et universitaire avec un diplôme : c’est le contrat qu’il faut passer entre la Nation et son école.

Pour les 190 000 jeunes qui sortent de l’école ou de l’université sans aucune qualification, je reprends la proposition de Jacques Delors d’ouvrir un chantier d’intérêt national.

Aucun jeune, diplômé ou qualifié, ne doit rester au chômage plus de six mois, sans qu’une formation ou un contrat ne lui soit proposé - c’est un droit pour lui et un devoir pour nous.

Tout jeune doit pouvoir bénéficier d’une possibilité d’insertion et je propose, à cet effet, de généraliser les bourses et les emplois-tremplins que les Régions ont mis en place, avec un objectif de 500 000 emplois tremplin.

L’Etat ouvrira, enfin, un nouveau droit : chaque jeune, à sa majorité, disposera d’un prêt gratuit de 10.000 euros, pour lui permettre de construire son premier projet de vie. Je le dis solennellement à toutes celles et tous ceux qui doutent, qui rencontrent plus de portes fermées que de mains tendues : la France a besoin de vos talents et de votre énergie ; les entreprises et les services publics ont un devoir à remplir à l’égard d’une génération qui représente aussi leur avenir.

Je leur dis aussi qu’à leur âge, on a le droit à l’erreur, que la peur de l’échec ne doit pas paralyser, qu’on apprend et qu’on se renforce aussi dans les difficultés que l’on rencontre : vous devez croire en vous car la France aime ses enfants, tous ses enfants et n’est elle-même que lorsqu’elle lutte contre toutes les formes de discrimination.

Dans l’intérêt des entreprises comme des salariés, dans l’intérêt de la France, je créerai la Sécurité Sociale professionnelle qui garantira, contre une formation et une recherche active d’emploi, une rémunération égale à 90% du dernier salaire perçu afin de permettre, sans drame, la mutation des emplois.

Et pour encourager, enfin, le passage du RMI au travail, je donnerai raison à ceux qui, comme l’association Emmaüs, demandent depuis longtemps la création d’un Revenu de Solidarité Active qui garantira les prestations en un mécanisme unique, durable, et garantissant que quelqu’un qui retrouve un travail ne puisse plus voir ses revenus baisser.

Et puis, n’est-ce pas, tout se tient : emploi, famille, école ?

Quand un maillon vient à casser, c’est la chaîne qui se voit fragilisée.

Et c’est l’éducation qui tient tout l’édifice.

C’est pourquoi, avec moi, l’Education, encore l’Education, toujours l’Education, elle sera au cœur de tout et en avant de tout !

L’Ecole est le cœur battant de la République.

L’Ecole est le lieu où se transmettent les savoirs et les valeurs républicaines.

L’école est le creuset où se forment les futurs citoyens.

Et l’école, vous me l’avez également dit, traverse une crise profonde.

J’ai entendu le signal d’alarme que lancent beaucoup de parents : l’Ecole tiendra-t-elle demain sa promesse d’égalité des chances ?

J’ai entendu le message des enseignants, en première ligne dans ce combat pour l’égalité et, donc, la citoyenneté : face aux difficultés qui s’accumulent, aux violences, aux incivilités qui angoissent, face aux coupes sombres dans les budgets et les emplois, face à un pouvoir d’achat qui semble baisser dans la mesure exacte où croissent les difficultés du métier, comment ne pas être tenté, parfois, de baisser les bras ?

A ces enseignants qui se battent en première ligne sur le front de la citoyenneté de demain, je veux dire ceci.

Vous serez soutenus, encouragés par la République dans votre mission.

Votre place sera mieux reconnue, vos filières de formation encore améliorées si vous en sentez le besoin.

Votre droit à l’innovation et à l’expérimentation du travail en équipe sera pleinement reconnu sans que vous ayiez à craindre les inspections un peu trop rigides.

Nous créerons un service public d’accueil de la petite enfance.

L’obligation scolaire sera fixée à 3 ans et les chances scolaires des enfants en seront accrues.

Collège et école devant assurer en son sein, ou dans les quartiers, le soutien scolaire gratuit, nous confierons cette nouvelle mission, comme vous l’avez proposé dans plusieurs débats participatifs, à un corps nouveau de répétiteurs dont la mise en place sera discutée avec l’équipe pédagogique, les associations de parents d’élèves et les élus.

La carte scolaire favorisera la mixité sociale, au lieu de consolider les ghettos.

Elle sera redécoupée pour que les secteurs soient plus hétérogènes et que chaque famille ait le choix entre plusieurs établissements. Les gros collèges seront divisés pour ne pas dépasser 600 élèves et ayant eu à nouveau confirmation des brutalités et violences subies par les élèves et les enseignants, un nouveau métier sera créé pour renforcer la discipline et développer massivement le sport et la culture qui sont les meilleurs remparts contre l’agressivité.

L’échec scolaire étant aggravé par la détresse financière et sociale et éducative des familles, je créerai des emplois-parents dans les quartiers comme l’a proposé l’association AC Le Feu et je généraliserai les écoles de parents.

L’allocation de rentrée scolaire sera doublée dès 2007 afin que soit pleinement garantie la gratuité scolaire.

La société de la connaissance exigeant un investissement massif dans l’Université et la recherche, je veillerai à renforcer l’autonomie des universités dans le cadre national et je les encouragerai à se regrouper entre régions pour atteindre une taille comparable à celle des grandes universités du monde.

Je détaillerai, jeudi prochain à Dunkerque et vendredi prochain à Strasbourg, un plan de réformes global concernant l’Education, la Recherche et la Culture.

Vous avez aussi, au cours des débats, beaucoup parlé des insécurités, des désordres et de la violence dans nos villes et à leurs périphéries..

Et de fait, depuis cinq ans, la violence à l’encontre des personnes n’a cessé d’augmenter.

4 millions de personnes ont été agressées verbalement ou physiquement dans la seule année 2005.

Le nombre de mineurs mis en cause pour des actes d’atteintes aux personnes a augmenté de 32% depuis 2002, et de 83 % en huit ans.

Plus rien ne semble être épargné par cette épidémie de violence : ni l’école, ni les familles, ni les jeunes.

J’ai parlé, déjà, des violences qui frappent les femmes. Permettez-moi d’y revenir. Car ce thème est revenu, dans nos débats, avec une terrible insistance. Et je dois avouer que j’y suis moi-même, en tant que femme, particulièrement sensible. Une femme sur dix est victime de violences conjugales. En 2004, chaque semaine, trois femmes ont été tuées par leur conjoint. Les violences, abandons, mauvais traitements d’enfants ont augmenté de 34% depuis 2002. Je veux vous le dire aujourd’hui : la première loi votée par le prochain parlement sera, je l’espère, une loi efficace contre les violences faites aux femmes.

J’ai parlé aussi de cette autre forme de violence, de cette violence douce et à peine visible, qu’est l’inégalité devant l’accès aux soins. Permettez-moi d’y insister aussi. Car enfin est-il normal que des quartiers entiers, des zones rurales, n’aient plus de médecin généraliste ? Est-il normal que trouver une prise en charge pour une personne âgée dépendante relève souvent, aujourd’hui, de l’exploit ? Est-il normal, est-il acceptable, qu’il n’y ait pratiquement plus, en France, de structures de santé de proximité ? Non, cela n’est pas normal. Non, cela n’est pas acceptable. Oui, vous êtes nombreux, très nombreux, à vivre cet état de fait comme une violence faite aux plus faibles, une brutalité terrible à l’endroit des plus modestes. Et c’est pourquoi, après vous avoir écouté, je souhaite mettre en oeuvre une politique de santé publique notamment axée sur la création d’une nouvelle génération de dispensaires en milieu rural et dans les quartiers urbains sensibles.

Et puis, il y a la violence dans les quartiers…

Où en sont-ils, les quartiers, un an après les émeutes ?

Est-ce parce qu’on les entend moins, est-ce parce que la machine à images a cessé de s’intéresser à eux et de concentrer sur eux son faisceau de lumière, que le problème est résolu ?

Et quelles réponses ont-elles été données aux appels à la justice, à l’égalité des chances, à la sécurité, qui se sont exprimés, aussi, avec une telle exaspération ?

A-t-on porté remède au précariat ? à l’insécurité sociale ? aux discriminations ? à la désertion des services publics ? au chômage des jeunes ?

Non, hélas.

Rien, ou presque rien, n’a été fait.

Or chacun sait que, si rien n’est fait, les mêmes causes produiront les mêmes effets et ce que la France a connu hier ne sera rien en comparaison de ce qu’elle connaîtra demain.

Il y aura des émeutes d’une violence extrême, et qui ne seront plus limitées aux seuls quartiers dits sensibles.

Il y aura des gestes de désespoir radical, des actes de nihilisme sans pareil, qui laisseront les pouvoirs publics sans ressource et sans voix.

La France entrera en crise.

Et c’est tout le lien social qui, de proche en proche, menacera de craquer. Il y a urgence. J’ai la ferme volonté d’empoigner ce problème à bras le corps. Ecoutons là encore, les propositions et les attentes de ceux qui agissent tous les jours sur le terrain.

Mettre les parents devant leur responsabilité pour assumer leur rôle, tout leur rôle.

Aider les mamans seules, débordées par les pré-adolescents, à se regrouper pour encadrer leurs enfants et bénéficier pour cela d’emplois parents.

La bataille pour l’emploi des jeunes de quartier doit se gagner.

Renforcer les procédures de l’encadrement scolaire et créer partout des mini-internats urbains, pour les jeunes qui ont décroché de l’école, imaginer une école de la deuxième chance avec de la culture, du sport, des voyages éducatifs, du travail solidaire.

Soutenir les associations, les élus de terrain, les travailleurs sociaux qui savent mieux que personne, pour les vivre, où sont les bonnes solutions.

A la première incartade, répondre par une sanction ferme, rapide et proportionnée, je dis bien proportionnée, alors que, trop souvent, le premier délit n’est pas sanctionné par une justice débordée qui manque de moyens ; ou alors, à l’inverse, on frappe trop lourdement des mineurs qui, en dehors des cas d’atteintes graves aux personnes, n’ont pas leur place en prison et en ressortent à 70% récidivistes et développer toutes les formes d’encadrement y compris militaire dans des chantiers humanitaires.

Créer des polices de quartier pour remplacer cette proximité hélas supprimée et renforcer les moyens de la justice des mineurs.

Mais il faut aussi : entendre le malaise que cette violence exprime, y remédier sur la longue durée, ne pas traiter les délinquants comme des sauvages ou des barbares.

Je ne veux pas de cette société toujours plus violente où, comme me l’a dit l’un d’entre vous lors d’un débat, « une bonne partie des violences est engendrée par le manque de considération envers certains jeunes. Ils ne se sentent pas utiles à la Nation et ont, de ce fait, l’impression que la Nation ne fait rien pour eux, et donc, qu’ils ne lui doivent rien ».

Je ne veux pas de cette société du « tous contre tous », cette société du « chacun pour soi ».

Je veux que la France aime sa jeunesse et exerce sur elle une juste autorité pour lui permettre de grandir.

Je ne veux pas, moi, d’un projet où la jeunesse est infantilisée, considérée comme une charge, voire une menace ou un danger.

Car une société qui a peur de sa jeunesse est une société qui n’a plus confiance en elle et qui manque à son devoir d’hospitalité à l’égard de la génération suivante.

Je veux une société qui fait confiance aux jeunes. Je pense qu’un ordre n’est pas juste, qui considère les enfants de la République inégaux en droits tout en leur imposant les mêmes devoirs.

Je crois qu’un pays est malade quand, ressuscitant le fantasme du XIXème siècle des fameuses « classes dangereuses », il devient sourd au cri de souffrance qui monte, qu’on le veuille ou non, des quartiers difficiles ou sensibles.

Et je ne peux pas me résoudre à cette souffrance.

Et je ne peux pas imaginer qu’il suffise d’envoyer des bataillons de police ou de gendarmerie.

Et je ne peux pas me faire à l’idée qu’il y ait deux jeunesses : l’une qui serait vouée à la réussite et l’autre condamnée à l’échec ou, pire, à la violence brute parce qu’au départ il n’y a pas les mêmes chances et qu’on n’a pas su encadrer à temps les enfants et les faire réussir à l’école comme le dit très bien Kerry James.

J’aurai prochainement l’occasion de dire avec plus de précisions en appui sur les associations, AC Le Feu, Parlement des Banlieues, dans les Banlieues ce que demain l’Etat fera.

Je sais que je réussirai à trouver des solutions et à empêcher de nouvelles explosions. Parce qu’au plus profond de moi, si je suis présidente de la République, je veux réaliser pour chaque enfant né ici ce que j’ai voulu pour mes propres enfants.

Je veux une nouvelle donne avec tous les jeunes de France.

Mais quand j’entends Karim, de Toulon, m’expliquer qu’il ne comprend pas pourquoi il doit subir, plusieurs fois par jour, les contrôles d’identité, je me dis qu’il n’exprime pas si mal que cela cette part du mal français qui le touche et qu’il m’incombera, avec vous tous, de traiter ! .

Je veux lutter farouchement contre les discriminations et les humiliations.

Je veux une France qui s’accepte telle qu’elle est devenue et qui considère même que c’est une chance d’être désormais ainsi : riche d’histoires diverses, colorée, métissée.

Je veux une France qui reconnaisse comme ses enfants légitimes tous ceux dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière et dont les parents et les grands parents ont donné leur vie pour nos libertés.

Du fond du cœur, je vous le redis : la France a besoin de vous ; vous êtes la chance de la France ; je veux une France qui vous écoute, une France qui vous comprenne et une France qui, en même temps, soit exigeante envers vous.

Je veux une France qui entende ce que lui dit Diam’s dans « Ma France à moi » : « Il ne faut pas croire qu’on la déteste, mais elle nous ment (…). Ma France à moi leur tiendra tête jusqu’à ce qu’ils nous respectent ».

Je ne veux plus entendre parler de deuxième, troisième ou quatrième génération pour certains enfants d’immigrés alors qu’on ne le fait jamais pour ceux dont les familles sont originaires d’Europe.

J’ai entendu aussi les graves problèmes de santé des jeunes. Et ce désarroi me paraît totalement inconcevable dans un pays comme le nôtre.

Je propose la gratuité totale des soins pour les moins de 16 ans. Je propose la mise en œuvre d’une carte santé jeune 16/25 ans. Je souhaite que la contraception soit gratuite pour les jeunes femmes de moins de 25 ans afin de lutter contre les grossesses précoces. Je propose de renforcer les moyens de la médecine scolaire et universitaire. Toutes ces actions entraîneront des économies dans les dépenses de santé car la prévention dès le plus jeune âge est très efficace.

C’est sur les jeunes aussi que je compte pour protéger la planète car c’est pour vous et la génération qui vient que nous devons agir.

Je veux faire de la France le pays de l’excellence environnementale. C’est pour moi une conviction profonde et ancienne qui remonte à mon enfance rurale et consolidée dans mon action de Ministre de l’environnement.

Vous ne voulez plus, et moi non plus, de cette irresponsabilité qui détruit la planète, qui laisse la biodiversité s’épuiser, qui ne prépare pas l’après-pétrole. Vous m’avez fait part de vos alarmes. Vous avez raison. Le réchauffement planétaire est une menace sur le monde et sur la paix : déplacement massif de populations, accès à l’eau potable. Je ferai de cette cause une grande cause nationale pour la France.

J’engagerai la France dans la voie de l’excellence environnementale comme cela n’a jamais été fait. 100 000 emplois, non délocalisables peuvent être créés. Un investissement massif dans l’environnement conduira à développer de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, Dans le domaine du bâtiment, des transports, de l’agriculture, l’essor des écoproduits et des écoprocédés sera un moteur de l’activité et de la croissance durable. Tout comme les bio-carburants pouvant créer de nouveaux emplois.

Le défi environnemental doit être vu comme une chance. A condition d’anticiper plutôt que subir les mutations. Là aussi, il y a deux logiques : celle du laissez-faire, du libéralisme, qui vise le profit immédiat et nous prépare au pire. Ou celle de la volonté, qui relève les défis, pour laisser à nos enfants une planète vivable et qui applique le principe pollueur-payeur, empêche la destruction de biens collectifs publics.

Je vous propose :

- un plan de développement massif des énergies renouvelables pour qu’elles représentent 20 % de la consommation d’énergie en 2020, ce qui permettra de réduire la part du nucléaire ; ce plan de développement national s’appuiera sur une politique commune européenne de l’énergie ;

- une fiscalité écologique qui encourage les bonnes pratiques ;

- de favoriser les économies d’énergie dans le logement. Tout permis de construire devra intégrer les énergies renouvelables.

J’ai développé tous ces sujets à Montluçon avec un plan d’action très précis.

Une agriculture assurant une alimentation de qualité et respectant l’environnement est aussi à notre portée.

Nous pouvons surmonter la crise de confiance entre nos concitoyens et leur agriculture, née des crises alimentaires et des abus d’engrais et de pesticides. Je veux redonner aux agriculteurs la fierté de leur métier Il faut aujourd’hui produire autrement : la qualité doit primer sur la quantité ; l’environnement doit respecté et les paysages préservés et ceux qui font ces efforts doivent recevoir davantage d’aide car ils agissent pour l’intérêt général.

Je proposerai à nos partenaires une refondation de la politique agricole commune pour réorienter les aides vers le développement rural, en modulant les primes et en assurant leur transparence.

Cette réorientation de la PAC doit permettre à l’Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre dignement de leur travail tout en maintenant nos identités rurales vivantes. De nouveaux emplois et une nouvelle fierté rurale sera développée grâce aux biocarburants et à la valorisation de la biomasse, au développement de la filière bois et de la bio construction.

Pour mettre en œuvre toutes ces réformes, nous avions besoin d’institutions impartiales, qui fonctionnement et qui répondent aux besoins de notre temps. C’est pourquoi je vous propose une République Nouvelle.

Des réformes profondes doivent être faites pour moderniser les institutions.

Du côté du parlement et de la démocratie représentative, le mandat unique sera instauré, le Sénat réformé, le pouvoir de contrôle du Parlement sera renforcé et le 49.3 supprimé.

Je veux aussi que l’opposition soit respectée même si cela n’a guère été le cas au cours de ces cinq dernières années.

Pour rééquilibrer le rôle de la majorité et de l’opposition, et pour permettre un dialogue constructif au sein du pays, la présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale sera confié à un député de l’opposition.

Démocratie participative : les citoyens pourront faire examiner par le Parlement une proposition de loi qui aura recueilli 1 million de signatures. Le développement des jurys de citoyens et des budgets participatifs sera encouragé et le référendum d’initiative populaire instauré.

Démocratie sociale : pour faciliter le développement d’un syndicalisme beaucoup plus représentatif, un crédit d’impôt sera accordé pour les cotisations syndicales. La représentativité sera fondée sur l’élection et le principe majoritaire mis en œuvre pour les accords sociaux.

Je veux que la France se modernise dans la qualité de ses relations sociales. Tout le monde doit y gagner, entreprises, salariés et avec le pays tout entier dans une logique de cercle vertueux qui met fin aux logiques d’affrontement et qui permet des compromis sociaux qui nous permettront d’être plus forts.

Dans les 6 mois qui suivront l’élection présidentielle, je consulterai le peuple français sur ces propositions de réformes démocratiques de nos institutions.

Outre-mers

Je me suis rendue à La Réunion, en Martinique, en Guadeloupe et je n’oublie pas les autres outre-mer dont la culture, me le rappelait Aimé Césaire, est aussi la nôtre.

Je veux une République, de la reconnaissance et de la responsabilité. Et des politiques publiques qui tiennent compte de leur identité, de leur diversité et des problèmes de la continuité territoriale.

L’histoire des outre-mers n’est pas périphérique : c’est notre histoire commune. L’esclavage et la colonisation en font partie et doivent trouver toute leur place dans nos programmes scolaires ainsi que les grandes œuvres littéraires et historiques, Louis Delgresse, Frantz Fanon, La Mulâtresse Solitude, Aimé Césaire.

Je veux que la France revienne à la table de l’Europe et je ferai tout pour cela.

L’Europe doit rester la grande ambition et la grande réalisation du XXIème siècle. Je sais que vous le voulez comme moi. Mais, je sais aussi que, comme moi, vous ne voulez pas n’importe quelle Europe, vous me l’avez dit dans les débats. Je ne veux pas d’une Europe qui ne serait qu’une zone de libre échange adossée à l’OTAN. Je veux encore moins d’une Europe de tous contre tous où le dumping fiscal et social remplace la solidarité, et dans laquelle la concurrence sert de projet de société. L’Europe que je veux doit élever le niveau de tous les pays et de chaque individu, et non les abaisser.

L’Europe doit se fixer comme objectif une croissance dynamique et créatrice d’emplois

Je veux relancer des politiques communes sur les enjeux majeurs que nous affrontons. En Europe, comme en France, la croissance naîtra de l’investissement dans la recherche, dans l’innovation, dans les énergies renouvelables, dans les transports.

L’Europe doit se battre aussi pour une politique industrielle, à l’instar de ce que font les Etats-Unis et les grands pays émergents. L’Europe ne doit plus s’abandonner au seul dogme de la concurrence. Airbus n’aurait pu être lancé si la doctrine actuelle de l’Europe avait été applicable en 1970…

Pour réussir cela, les outils actuels ne sont pas adaptés. La croissance et l’emploi doivent être inscrits dans les statuts de la Banque centrale européenne . Il faut mettre en place un gouvernement économique de la zone euro » pour une politique de croissance coordonnée

Le Pacte de stabilité ne doit pas servir à freiner la croissance mais à la stimuler. Je propose de sortir du chiffrage du déficit les dépenses consacrées à la recherche et à l’innovation.

Nous accumulons un retard très inquiétant qui risque d’être ravageur, face à l’Inde et à la Chine. Il est temps, j’allais dire, de passer aux choses sérieuses.

Je veux une Europe qui protège ses citoyens et les aide à tirer profit de la mondialisation

Il n’est pas supportable de voir des entreprises faisant des bénéfices délocaliser leur production. L’Europe doit se protéger et nous protéger. Avec moi elle fera reconnaître le respect des normes sociales et environnementales dans toutes les négociations de l’OMC.

La concurrence déloyale est encore moins supportable à l’intérieur de l’Europe. Je proposerai l’instauration de taux planchers en matière d’impôt sur les sociétés pour freiner les délocalisations fiscales.

De même, je proposerai à nos partenaires la négociation d’un protocole social pour renforcer les droits des travailleurs.

L’Europe devra s’atteler au dialogue avec la Méditerranée et mettre enfin en place des politiques de co-développement.

C’est la meilleure façon d’endiguer l’immigration illégale et lutter contre les mafias qui l’organisent. Décourager les migrations de la misère, c’est soutenir le développement des pays pauvres, en réduisant les écarts entre Nord et Sud. C’est notre devoir.

Le co-développement sera donc mon objectif. L’aide publique sera radicalement réformée et réorientée vers les circuits courts, la santé, l’éducation, l’énergie solaire, les associations de femmes, le micro crédit, comme je l’ai vu au Sénégal, et cessera d’alimenter les gouvernements corrompus.

Cela me conduit à vous dire comment je conçois le rôle de la France dans le monde et la façon dont j’entends lui faire tenir son rang.

La France c’est un paysage que nous aimons, c’est aussi une grande Histoire, certes pas uniforme, mais avec des moments sublimes, quelquefois des abîmes et, en arrière-plan, la grande lumière jamais éteinte de la Révolution française.

C’est également une langue dont Fernand Braudel nous a enseigné la part qui est la sienne dans la construction de notre identité. N’oublions jamais la dimension de la francophonie. Il y aura, en 2050, trois cents millions d’hommes et de femmes qui parleront français ! Je souhaite qu’il y en ait davantage. Bien davantage. Je souhaite une France qui parle, dans sa langue, sa propre langue, au monde.

Car la France c’est plus que la France. La France c’est ce drôle de pays qui, comme disait André Malraux, n’est jamais aussi grand que lorsqu’il l’est pour tous les hommes. La France ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française. La France ce sont des valeurs universelles qui nous obligent et que nous devons porter haut pour ne pas décevoir ceux qui ont foi en nous. L’Histoire de France est une Histoire vivante. C’est une histoire qui, parce qu’elle est vivante, doit continuer de parler au monde.

Le monde… Nous savons tous ce qu’il en est : la mondialisation, les échanges, les influences croisées et fertilisantes, mais aussi le tohu-bohu, l’iniquité, le malheur, les crimes de masse, les guerres. Je ne veux pas d’une France qui aurait la tentation de s’éloigner de la scène, de renoncer, de laisser faire. Je ne veux pas d’une France qui laisserait ce monde se casser, éclater en morceaux, en blocs de vie et de pensée hostiles les uns aux autres. Je ne veux pas d’une France qui se résignerait à sortir de l’Histoire.

Allons-nous rester là, spectateurs muets, apeurés, bientôt victimes ? Avons-nous quelque chose à dire, encore, au monde ? Avons-nous quelque chose, encore, à lui apporter ? Les Français le croient. Les Français le veulent. Je le crois et le veux avec eux.

Les fins de la politique de la France, si je suis élue, seront simples et fidèles à notre vocation la plus haute : la paix, bien sûr ; la sécurité pour les Etats ; mais aussi la justice pour les peuples et le développement pour tous.

La paix ? Elle n’est possible que fondée sur l’équilibre d’un monde multipolaire. C’est pourquoi tous les efforts visant à faire redémarrer l’Europe et à en faire une puissance également politique seront poursuivis avec une ardeur particulière. C’est pourquoi tout sera fait pour remédier au déséquilibre des puissances qui est la règle d’aujourd’hui dans nos rapports avec nos partenaires et alliés. Et c’est pourquoi, aussi, la France, si je suis élue, pèsera de tout son poids pour que soit respecté le droit international. Celui-ci existe. Il n’est que de l’appliquer. Nous réclamerons de nos meilleurs amis que les résolutions du Conseil de Sécurité soient mises en œuvre, que les grands traités du désarmement, de l’environnement, soient respectés. La France et le Royaume-Uni ont la lourde responsabilité d’être membres permanents du Conseil de Sécurité. Nous y jouerons tout notre rôle, à l’écoute certes de nos partenaires européens mais aussi de tous les pays prêts à travailler avec nous. Le multilatéralisme, c’est la mobilité de l’action au service des principes que les Nations Unies ont fixés.

Veiller à la sécurité de tous, c’est aussi donner l’exemple. Et c’est pourquoi nous continuerons à déployer des forces au service du droit, s’il le faut, en Afrique comme au Proche-Orient.

La Justice pour les peuples exige que nous parlions fermement, en toutes circonstances, devant nos alliés, nos amis et en agissant dans toutes les instances où se bâtit aujourd’hui la justice internationale.

Le développement implique que la France, qui fut l’une des premières à plaider pour l’aide publique, ne se paie pas de mots. Nous sommes tous terriblement en retard sur nos engagements à l’égard des pays défavorisés. Il faudra redoubler d’efforts. Il faudra que la France indique le chemin à tous ceux qui s’accommodent à bon compte des promesses non tenues et des inégalités criantes.

Le réalisme, c’est aussi choisir des priorités. Nous regarderons d’abord devant notre porte, et je vais vous surprendre : notre porte, c’est l’Afrique :

L’Afrique est notre voisine. Elle est là, cette Afrique à laquelle m’attachent tant de liens. Elle est là, vivante, dynamique, mais accablée de maux et de tensions. Chaque Africain qui parvient à nous rejoindre en témoigne. Et il ne comprend pas qu’après tous nos beaux discours, nous tournions la tête et nous barricadions. Il ne comprend pas, parce que l’avenir, qui appartient aujourd’hui aux Chinois et aux Indiens encore oubliés, écartés, voici moins de vingt ans, appartiendra peut-être demain à son frère, à son fils, un Africain.

De quoi souffre l’Afrique ? D’une économie mondiale absolument débridée qui ne laisse aucune chance à des productions agricoles fragiles et incapables de rivaliser avec les politiques de pays bardés d’atouts financiers et technologiques. Un peu de bon sens, un peu de justice, recommanderaient que l’on remette un peu d’ordre sur les marchés, que des avantages soient laissés aux pays les plus pauvres, que des préférences – il faut le dire – soient accordées par l’Europe à l’Afrique, quitte pour celle-ci, en échange, à savoir orienter ses achats vers l’Europe. Organisons, d’Europe vers l’Afrique et de l’Afrique vers l’Europe, des relations favorisées et équitables.

De quoi souffre la démocratie africaine ? D’un jeu trop brutal des alternances. Du poids des oligarchies. De la corruption de certaines élites. Et je n’oublie pas cette honte que fut, à la toute fin du XX° siècle, le génocide des Tutsis au Rwanda : un crime contre l’humanité ; une insulte à l’humanité de l’homme ; un deuil pour le monde. Ni enfin, aujourd’hui, la tragédie du Darfour que la communauté internationale a sans doute le moyen de stopper : pourquoi ne le fait-elle pas ? pourquoi la France, la grande France, celle des internationalistes qui ont fondé notre parti, celle des Républicains qui croient que nous avons, sur la scène du monde, un rôle particulier, ne fait-elle pas pression pour que s’arrête le massacre ?

L’Afrique est à la portée de la France et de l’Europe. Elle est à notre heure. Je veillerai à ce que celle-ci soit saisie et gardée. Il ne s’agira pas de manifestations éphémères, de cérémonies d’un jour, de tournées à bride abattue mais d’un effort opiniâtre sur pied égal avec les Africains, dirigeants ou non.

Notre voisin, c’est aussi, bien sûr, le Proche et Moyen-Orient. On plaidera pour des conférences. Je dis oui, naturellement. Mais je plaiderai surtout pour le réalisme et l’ambition. La paix au Proche-Orient suppose deux aspirations indissociables et également impérieuses : celle de la justice, celle de la sécurité. Il faut rendre justice aux Palestiniens. Mais il faut garantir la sécurité d’Israël et la vie de tous ses citoyens. L’objectif n’est pas inaccessible. Les Palestiniens modérés, démocrates, partisans du compromis, existent et refusent de se taire. Les Israéliens favorables au partage de la terre sont une majorité ; ils ont des familles, des enfants, dont le destin passe par une paix durable et garantie. L’Europe peut peser en faveur de cette paix. La France, au sein de l’Europe, a l’autorité nécessaire pour rappeler les principes. Voyez, au Liban, notre participation à l’effort de la FINUL. Persévérons. Et, avec les autres, renouons le dialogue avant qu’il ne soit trop tard. Je pense à la Syrie et même à l’Iran Je me suis prononcée, vous le savez, pour la plus grande fermeté vis-à-vis du régime iranien en place et de ses provocations répétées ; mais cela ne me dissuadera jamais de maintenir le dialogue avec une population qui espère et croit en nous,

Nos partenaires ce sont bien sûr les autres membres permanents du Conseil de Sécurité : Chine, Russie, Etats-Unis. A nous de savoir comment travailler au mieux avec eux. La Chine est autre chose qu’un géant économique. Ce sera bientôt un géant politique. Je voudrais que la France fût l’une des premières à percevoir cette montée en puissance de la Chine, et en tire toutes les conséquences. Mais je voudrais aussi qu’elle soit à la pointe de la vigilance sur le non respect des droits humains en Chine. La démocratie est un bien commun. La démocratie, ce ne sont pas des valeurs réservées aux uns et interdites aux autres. Voilà ce que j’aurai à cœur, si je suis élue, de rappeler à mes partenaires chinois comme je l’ai déjà fait. Une France attentive, mobile, doit guetter chaque signe de mouvement et tenter de l’infléchir. La France que j’aime et à laquelle je crois doit se montrer intraitable dans la défense des valeurs liées à sa tradition d’humanisme et de Lumières.

Autre réalité : la Russie. Des liens séculaires, et très forts, nous unissent à la Russie. Nos peuples, nos deux peuples, ne se connaissent pas toujours assez mais se respectent. Et la Russie, d’ailleurs, appartient de plein droit, j’en suis intimement convaincue, à l’espace de la civilisation européenne. Raison de plus pour lui tenir, elle aussi, le langage de la vérité. Raison de plus, comme l’Allemagne nous en donne l’exemple, pour trouver le ton juste, lui dire ce qui ne va pas, lui manifester, sans chipotages, notre conviction qu’elle est européenne mais que, parce qu’elle est européenne, un certain nombre de valeurs s’imposent à elles. L’Europe a besoin de la Russie et la Russie de l’Europe. Je serai la Présidente de ce lien renforcé. Et je serai, aussi, une Présidente intraitable quand il s’agira de dénoncer les abus de droit, les entorses aux droits de l’homme, voire les crimes de guerre en Tchétchénie ou l’assassinat, en plein Moscou, de cette femme d’exception, honneur de sa profession, que fut la journaliste Anna Politkovskaïa.

Partout où nous agirons, les Etats-Unis, bien sûr, ne seront pas loin. Ils sont là, puissants, amicaux, généreux et aussi, comme l’histoire récente l’a montré, emportés parfois jusqu'à l’erreur par le poids même de leur puissance. Nous vivrons avec eux, en partenaire solide, fiable, mais sans complexes non plus. La taille n’a rien à faire avec les principes. Le déséquilibre des puissances n’est jamais une raison de se taire – et on l’a bien vu, n’est-ce pas, à propos de l’Irak. La voix de la France, en l’espèce, ne fut, hélas, pas entendue. Mais elle n’en sonna pas moins juste. Et je voudrais, à l’avenir, qu’elle continue de sonner juste. Je voudrais qu’en parlant plus haut, et plus vrai, notre voix porte plus loin.

Ce respect des avis d’autrui qui manqua si tristement dans la guerre du Moyen-Orient, cette écoute de l’autre, j’en ferai la règle de notre conduite. Je veillerai à tenir compte de ce que pensent, non seulement les membres permanents du Conseil de Sécurité, mais les pays émergents, ces nouvelles puissances qui ont les moyens de leurs ambitions et qui, tôt ou tard, sauront se faire entendre. Nous savons la force de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud qui rejoignent ces autres piliers de la scène internationale que sont le Japon ou le Canada… Tous aspirent à modeler l’avenir, à ne pas laisser le monde entraîné par le seul mouvement de l’économie. Ils sont nos meilleurs alliés. Ils seront nos vertueux complices dans la volonté de réinventer les règles du jeu valant dans le concert des nations.

On nous dit que les Etats s’affaiblissent, que les nations s’évanouissent, que triomphent les grandes compagnies, que le Marché est le seul roi. C’est tout le contraire que montre la scène du monde. Et la France, en tout cas, ne craindra pas, je vous l’annonce, de tenir le rang qu’elle doit à son histoire. Elle agira sans humilité et sans arrogance. Mais elle tiendra son cap. Et elle affirmera ses principes.

Une chose que j’ai comprise, pendant ce temps où je me suis mise à l’écoute des Françaises et des Français c’est qu’ils aiment la France.

Et, comme ils l’aiment vraiment, ils l’aiment grande, ouverte, accueillante aux opprimés, soucieuse de la misère du monde.

C’est ce souci, aussi, que je veux porter.

C’est à ce message que je veux être fidèle.

On dit les Français égoïstes, repliés sur eux-mêmes, leurs petits soucis. Tout dépend de ce qui leur est proposé.

Car notre peuple est, aussi, un peuple généreux.

C’est le peuple qui a inventé les Médecins sans frontières et les Médecins du Monde.

C’est l’un des peuples où le mouvement associatif est le plus vivant.

Je serai la Présidente de cette République-là, celle où l’on sera sans indulgence pour les dictateurs, quelle que soit leur couleur politique.

Cette République là où l’on sera implacable avec les purifications ethniques, les génocides, cette honte pour le genre humain. Je rêve d’une France qui, encore une fois, retrouvera sa vocation qui est de parler à tous et de le faire au nom de l’Universel et de ses valeurs.

Cette France, nous allons la faire, celle qui, sur la scène du monde aussi, travaillera à instaurer un ordre juste.

Je compte sur chacun d’entre vous pour porter juste, haut et fort cette parole.

Vivre la République !

Vive la France !

lundi 5 février 2007

Discours de Ségolène ROYAL sur la jeunesse

“Oui, la gauche aime la jeunesse fiévreuse, qui se lève et qui défend le principe d’une société solidaire, celle qui fait reculer la droite sur le CPE hier, la jeunesse à fleur de peau, celle qui se dresse contre toutes les formes de discrimination, celle qui se sent citoyenne du monde et pas moins française pour autant, celle que toutes les inégalités révoltent, que tous les conformismes exaspèrent et que tous les mensonges indignent.”

Vous lirez ci-dessous le discours prononcé par Ségolène ROYAL à Grenoble le 1er février dernier, en conclusion d’un débat participatif consacré à la jeunesse.

Chers amis, ce soir, à Grenoble, à vous et à travers vous, c’est à la jeunesse de France que je m’adresse, à toute une génération.

Je vous dirai la vérité car, de toutes les démagogies, la plus insupportable est celle qui ment aux jeunes. Et de toutes les droitures, la première est celle qui consiste à dire la vérité aux jeunes.

Et comme vient de le dire l’une d’entre vous, la jeunesse a la volonté et elle attend que les politiques balisent. Alors, ce soir, posons ensemble les balises de la France que nous voulons construire ensemble !

Jadis, un très jeune philosophe, Paul Nizan, qui mourut sous les balles des nazis, a écrit, dans Aden Arabie : « J’avais vingt ans ; je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme » – j’y ajoute « une jeune fille » : « l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. Il est dur de prendre sa place dans le monde ». Les mots ont vieilli, mais ils nous disent encore avec assez de force que ceux qui idéalisent la jeunesse, en général, lui mentent. Ceux qui idéalisent la jeunesse, en général, sont d’ailleurs ceux, souvent, qui la dénoncent comme cause de tous les problèmes. Car si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui l’ignore ou qui la frappe a toujours tort.

On le sait bien : vous, les jeunes, vous possédez un sentiment profond de la vie, le sens du tragique et le sens de la fête. Je crois que la jeunesse est à la fois angoissée par le doute sur son avenir – on vient de l’entendre, encore, ce soir – mais aussi portée par la passion de l’espérance – et ça aussi, nous l’avons entendu ce soir.

Alors, qu’est-ce qu’une femme socialiste, candidate à la Présidence de la République, peut vous dire ce soir qui ne soit pas convenu et qui ne triche pas avec vous ? Qu’elle sait tout, que tout vous sera donné sans effort ni travail ? Vous ne me croiriez pas et vous n’aimeriez pas. Alors, quoi ? Que lui promettre, à la jeunesse ? Avant de vous promettre, je voudrais vous demander quelque chose : j’ai besoin que vous gardiez intacte votre goût du combat, vos colères et vos refus. J’en ai besoin, car la France a besoin de votre capacité d’indignation, de mobilisation et d’imagination.

Oui, la Gauche aime la jeunesse fiévreuse, qui se lève et qui défend le principe d’une société solidaire, celle qui fait reculer la Droite sur le CPE hier, la jeunesse à fleur de peau, celle qui se dresse contre toutes les formes de discrimination, celle qui se sent citoyenne du monde et pas moins française pour autant, celle que toutes les inégalités révoltent, que tous les conformismes exaspèrent et que tous les mensonges indignent.

Aujourd’hui, en vous imposant dans le débat, comme vous l’avez fait et comme vous devez continuer à le faire, vous défendez les valeurs qui sont les vôtres, vos convictions et vos aspirations. Les grands combats de la jeunesse ont toujours produit les plus belles avancées. Je sais que, là aussi, je peux compter sur vous.

La jeunesse de la France à laquelle je m’adresse ce soir est celle pour qui la République n’est pas seulement un concept abstrait, mais un engagement vivant ; celle qui met sous sa garde, dans les écoles, les enfants étrangers sans papiers menacés d’expulsion ; celle qui lance des chantiers humanitaires aux quatre coins du monde ; celle qui maintient une vigilance et une solidarité intacts contre le SIDA, fléau cruel pour tous, mais encore plus injuste pour les jeunes, vous me l’avez souvent dit sur le site Désirs d’Avenir et dans les débats participatifs auxquels nombre d’entre-vous ont pris part. Comme l’a dit l’un d’entre eux le 25 janvier : « être jeune, c’est souvent être inquiet », c’est être cerné « de discours de terreur et de discours culpabilisants ». Avec beaucoup de lucidité, il ajoute : « la non-émancipation est peut-être l’une des causes de la violence ».

Et puis, je voudrais vous dire que je compte sur vous pour être les citoyens d’Europe, beaucoup plus que la génération précédente. Je crois à cet engagement pour l’Europe, mais elle reste à définir et à construire et je connais votre vigilance et vos refus. Je compte sur vous pour construire cette Europe, celle qu’aujourd’hui, font vivre les élèves et les étudiants dans les lycées et les campus de l’Union européenne, en créant ces dizaines de milliers de liens familiers, amicaux, affectifs et humains qui permettront, demain, de donner un nouveau souffle à l’Europe que nous voulons.

Je voudrais vous dire que j’ai reçu, j’ai compris ce que vous me dites dans les débats et sur les sites Internet. Vous ne voulez plus être otages du quotidien, vous voulez un avenir : moi aussi, et nous allons le construire ensemble !

Vous ne voulez plus survivre : vous voulez vivre. Moi aussi, et nous allons le faire ensemble !

Vous ne voulez plus subir un système froid, cynique, égoïste et calculateur : vous voulez construire une nouvelle France et nous allons la faire ensemble !

Cette élection est un choix de civilisation entre l’humanisme et l’égoïsme, entre la fraternité créative et la concurrence destructrice, entre le respect pour chacun ou la guerre de tous contre tous. Alors, je veux contribuer à vous ouvrir une perspective. Je veux que nous bâtissions ensemble une nouvelle donne avec la jeunesse de notre France, que nous aimons !

C’est vrai : 2007 ne doit pas être une élection pour rien. Par respect pour vous – un beau mot que celui de « respect », qui revient si souvent dans les textes de rap –, par respect pour celles et ceux qui vont souvent voter pour la première fois, par respect pour celles et ceux qui se sont mobilisés pour que vous vous inscriviez sur les listes électorales, je n’accepterai pas – et vous non plus – que le débat soit dévoyé, escamoté par le jeu de pièges, de manœuvres subalternes, d’harcèlements injurieux ou illicites.

Ce que nous construisons ensemble à travers des milliers de débats, ce que je veux porter au cours d’une campagne qui mobilisera des millions de Français, c’est le contrat d’avenir que nous voulons proposer aux Françaises et aux Français. Vous êtes venus massivement dialoguer sur les sites Internet, avec le Parti Socialiste, avec le MJS, avec la Ségosphère, avec Désirs d’Avenir : merci d’avoir pris la parole, merci d’avoir confié sans détours vos inquiétudes et vos attentes. Et encore une fois, ce soir, votre confiance m’oblige.

Et je voudrais vous dire qu’il n’y aura pas de nouvelle donne, qu’il n’y a pas de pacte entre générations sans une vision partagée de l’avenir. Je sais que certains désespèrent, se résignent face aux désordres et aux injustices, pensant qu’on ne peut rien faire. Et bien, moi, je suis venue vous dire : construisons ensemble les fondations d’une France accueillante à tous ces jeunes. Ouvrons-leur la porte car aujourd’hui, les portes et les fenêtres leur sont fermées. Je veux une France qui ouvre ses bras à tous ses enfants, d’où qu’ils viennent, de quelque quartier qu’ils habitent, quel que soit leur projet. Et cette France-là, il y a un immense chemin à parcourir pour que chacun s’y sente bien.

Et d’abord, connaître et exercer ses droits, entendre et remplir ses devoirs, pourvoir à ses besoins et assurer son bien-être sont les ressorts d’une société qui va de l’avant. De renoncement en renoncement, notre société demeure en manque d’idéal. Et pourtant, tout dépend de nous. Je vais vous faire une confidence : de qui dépend que les choses ne changent pas ? De nous ! Mis de qui dépend que les choses changent ? De nous, aussi ! Alors, avec vous et pour vous, les choses doivent changer, les choses vont changer en 2007 !

Je ne veux pas de cette société toujours plus violente où, comme me l’a dit l’un d’entre vous lors d’un débat, « une bonne partie des violences est engendrée par le manque de considération envers certains jeunes. Ils ne se sentent pas utiles à la Nation et ont, de ce fait, l’impression que la Nation ne fait rien pour eux, et donc, qu’ils ne lui doivent rien ». Et bien, moi, je ne veux pas de cette société qu’un autre nous prépare, cette société du « tous contre tous », cette société du « chacun pour soi ». Je ne veux pas d’un projet où la jeunesse est infantilisée, considérée comme une charge, voire comme une menace et même, comme un danger. Il y a ceux qui pensent que les jeunes sont un problème, qui n’en parlent qu’en termes de délinquance, qui ne cessent de les stigmatiser. Moi, je pense que les jeunes ne sont pas un problème : ils sont la solution à tous nos problèmes ! Car une société qui a peur de sa jeunesse est une société qui n’a plus confiance en elle, une société minée par la mauvaise conscience car elle sait qu’elle manque à son devoir d’hospitalité à l’égard de la génération suivante. Je veux, moi, une société qui vous fait confiance et pour cela, j’attends beaucoup de vous.

Voilà ce que disait, en décembre dernier, un jeune dans un débat participatif de Bretagne, comme, ce soir, l’une d’entre vous : « je connais une jeune diplômée qui a été nominée parmi les dix choisis pour le concours des jeunes créateurs de Dinard. Elle a eu des prix internationaux de design. Et quand elle cherche un emploi, on lui demande cinq à dix ans d’expérience, minimum. Cela fait qu’elle cherche depuis deux ans. En France, on ne tient pas compte du talent. Alors, toutes ses amies lui disent d’aller en Angleterre, en Italie, car il n’y a rien à espérer en France. Alors, quand est-ce que la France donnera un peu d’espoir à ses jeunes ? » Tout est dit et quand je lis ce message, quand je vous entends, je veux, pour la France, un droit au premier emploi pour tous les jeunes qualifiés et diplômés, car sans eux, la France ne pourra pas se redresser. Elle n’a pas le droit de gaspiller tous ces talents. C’est avec tous les jeunes qualifiés, diplômés, qui en veulent, qui veulent aller de l’avant et faire leurs preuves – et à tous ceux qui sortent sans qualification et sans formation, nous avons le devoir de leur en donner – mais toute cette énergie qui est aujourd’hui gaspillée, je veux que, demain, ce soit le carburant de la France, notre moteur écologique, car c’est de l’énergie renouvelable que vous avez. Alors, en avant avec cette énergie !

L’ascenseur social, comme le dit Jamel Debbouze, reste bloqué au sous-sol et ne dessert plus les étages du haut. Et le modèle que la Droite propose à nos enfants face aux grandes transformations du monde se résume à peu près à ceci : « sois compétitif, ne pense qu’à toi-même et surtout, tais-toi ! » Est-ce cela que vous voulez ?

Entre la génération des Trente Glorieuses et les « Cinq années piteuses », il y a parfois un fossé d’incompréhension et d’indifférence. Et je vous le dis ce soir : un ordre n’est pas juste, qui fait peser sur vos seules épaules les baisses d’impôts accordées, aujourd’hui, aux plus riches, car elles ne sont rien d’autre que les dettes de demain, qu’il vous faudra acquitter. Un ordre n’est pas juste, qui vous lègue un système de protection sociale qui protège de moins en moins. Ce n’est pas un ordre juste que de laisser perdurer des inégalités qui ne cessent de s’aggraver tout au long de la vie, de l’enfance à l’âge de la retraite, selon que l’on est né à Neuilly ou à Vaulx-en-Velin. Pourquoi, et au nom de quelle loi écrite ou de quelle sentence secrète, Pierre ou Paul aurait-il plus de chances que Djamila ? Un ordre n’est pas juste lorsqu’à diplôme égal, les femmes, les jeunes filles gagnent encore vingt à trente pour cent de moins que les garçons. Ca, je dis que le pacte social est rompu et que nous le rétablirons !

Un ordre n’est pas juste, qui considère les enfants de la République inégaux en droits tout en leur imposant les mêmes devoirs. Et ne pas entendre cette revendication bloque l’avenir de toute une génération, pour qui la justice, la dignité et l’égalité sont devenues les aspirations vitales, et la surdité devant cette demande légitime, déjà un cri de souffrance dans les quartiers ou dans le milieu rural isolé, est synonyme de désordre et d’injustice. Je ne peux pas m’y résoudre : il ne suffira pas d’envoyer tous les bataillons de police ou de gendarmerie, cela n’y changera rien, sinon que nous aurons plus de violence encore, des frustrations, des humiliations et des tensions. Car on sait bien que, dans les banlieues où les révoltes se sont levées en 2005, rien n’est réglé. Par les mots de la provocation, rien n’est réglé. Au contraire : la situation se dégrade.

Le couvercle a été mis avec l’espoir qu’il tienne jusqu’à l’élection, à moins que l’organisation de la sécurité devienne un argument de campagne pour faire peur dans la dernière ligne droite et frapper les esprits, complaisamment relayé par les médias amis du pouvoir, ceux-là même qui se demandent tous les jours si je vais tenir et s’il ne faudrait pas changer de candidate. J’entendais ça ce matin. Alors, ces médias amis du pouvoir, qui relaient tous les coups, tous les pièges, tous les chausse-trappes, je leur dis, ce soir, qu’avec vous, nous n’avons pas peur et que nous resterons debout !

Oui, nous resterons debout et nous combattrons, parce que nous avons aussi à réussir des combats de vérité. Je pense à Bouna, à Zyed et Muhittin, à ces jeunes électrocutés de Clichy. Et je dis à leurs familles que nous n’aurons de cesse que la vérité soit connue dans la tragédie qui a pris leur jeune vie, au-delà du mensonge du Ministre de l’Intérieur.

Car il n’y a pas, pour moi, deux jeunesses, l’une qui serait vouée à la réussite et l’autre – qu’elle se débrouille –, condamnée à l’échec. Il n’y en a qu’une : la jeunesse de France. Bien sûr, que les plus doués redoublent d’efforts, qu’ils soient les meilleurs. Mais cela ne suffit pas : je veux qu’ils tendent la main à ceux qui hésitent ou qui trébuchent, pour qu’ils prennent avec nous, tous ensemble, le chemin de la France qui se redressera. Et oui, vous avez raison de revendiquer votre droit à l’avenir. Et je suis candidate à l’élection présidentielle pour gagner ce pouvoir d’agir, mais surtout pour vous le rendre, pour que nous agissions ensemble !

La France de demain, c’est vous. Vous êtes les meilleurs experts de votre propre vie. Cette expertise citoyenne, que vous avez si bien exprimée, celle de Karim, de Toulon, qui ne comprend pas pourquoi il doit subir, plusieurs fois par jour, les contrôles d’identité, celle d’Elise, de Paris, qui doit cacher qu’elle est enceinte à ses futurs employeurs lors de ses entretiens pour espérer décrocher une emploi, celle de ces étudiants qui travaillent la nuit pour étudier le jour, celle de ces jeunes chefs d’entreprise qui innovent, qui créent et qui, pourtant, doivent cautionner sur leur patrimoine propre les découverts et les emprunts de l’entreprise car, parce qu’ils sont jeunes, et tout simplement parce qu’ils sont jeunes, on ne leur fait pas confiance.

Ce sont ces enfants et petits-enfants de mineurs, d’agriculteurs et de salariés des grandes industries à qui l’on a dit : « rien ne sera plus comme avant » et qui demandent, sans succès, à « être aidés pour reconstruire l’après ». Ce sont ces milliers de jeunes qui croient en la valeur-travail mais qui, chaque jour, se rendent compte à quel point il est dévalué, il a été sapé par la précarité avec pour seul horizon, un stage non rémunéré, la précarité et l’incertitude.

Ce sont ceux qui ont érigé la précarité en norme de référence qui ont détruit la valeur-travail et qui n’ont plus, aujourd’hui, aucune légitimité politique pour la défendre. C’est nous qui la défendrons, parce que c’est le respect du salarié et du travailleur, la sécurité dans le contrat de travail, le salaire décent et durable qui constituent les fondamentaux de la valeur-travail et non pas le contraire. C’est la précarité qui tue la valeur-travail. Ce sont les bas salaires qui tuent la valeur-travail. Ce sont les salariés « jetés » qui tuent la valeur-travail. Ce sont les exonérations fiscales aux plus riches qui tuent la valeur-travail. Ce sont les rémunérations scandaleuses des hauts dirigeants d’entreprises et les stock-options qui sapent la valeur-travail. Ce sont les inégalités économiques et sociales qui sapent et qui gangrènent la valeur-travail. Alors, il nous appartiendra de la remettre debout, cette valeur-travail, de lui redonner tout son sens. Et pour cela, il faut mettre en avant l’investissement dans la valeur humaine, dans l’humain, et non pas dans le capital prioritairement. Et je le dis ici : je serai la Présidente de la République qui réalisera ce que la Gauche a souvent promis, mais jamais réalisé : faire en sorte qu’une bonne fois pour toutes, le travail soit moins taxé que le capital !

Et je veux, avec vous, une nouvelle ambition pour l’éducation. Aujourd’hui, notre système éducatif reproduit encore, souvent cruellement, les inégalités sociales et ne permet pas à tous d’acquérir les connaissances et les compétences auxquelles chaque citoyen a pourtant droit. De la maternelle à la fin des études, que ce soit dans les centres d’apprentissage ou à l’Université, beaucoup doutent de leur droit d’accès dans une société où l’incertitude professionnelle domine. La France doit investir massivement dans l’éducation : on ne peut plus supporter que cent cinquante mille jeunes sortent chaque année sans qualification du système éducatif. Et c’est le moment que la Droite choisit pour supprimer, à la rentrée prochaine, cinq mille postes d’enseignants dans le système scolaire, alors qu’il y a encore tant à faire. Donner à chaque jeune le bagage nécessaire pour affronter la vie professionnelle et la vie tout court est un objectif non négociable. Et si l’ambition républicaine d’égalité scolaire doit être enfin réalisée, l’excellence scolaire doit aussi être présente sur tous les territoires : des classes préparatoires aux grandes écoles seront implantées dans les quartiers où elles ont toujours été absentes et chaque lycée devra ouvrir à au moins cinq pour cent de ses élèves la possibilité d’entrer dans les classes préparatoires ou en Institut Universitaire de Technologie. J’en fais ce soir le serment. Cet engagement-là, il sera réalisé.

Et puis, c’est à vous, les jeunes, que je m’adresse pour préparer l’après-pétrole et engager les dépenses d’avenir qui protègeront notre planète. C’est pour votre génération que nous devons agir sans tarder et pour celles de vos enfants et de vos petits-enfants, qui nous demanderont des comptes sur nos négligences ou sur nos courages. Ensemble, il nous faut nous battre pour que, demain, notre air, nos eaux, nos forêts reviennent aux générations futures sans autre droit de succession que le devoir de les préserver. C’est cela, l’excellence environnementale et c’est vous qui en êtes les premiers acteurs. La réduction des inégalités Nord-Sud en dépend. C’est vous, les combattants de la réduction des inégalités entre les pays riches du Nord et les pays pauvres du Sud. C’est sur eux que va peser massivement le réchauffement de la planète. C’est là que se trouvent les foyers de guerres et de conflits, les déplacements massifs de populations à la recherche de l’eau potable et fuyant les zones qui se désertifient. Ce défi-là, nous avons à le relever, parce que nous ne nous sauverons pas tout seuls. Seule la façon dont nous saurons faire accéder au développement, à faire sortir de la pauvreté les pays les plus pauvres nous permettra de maîtriser les migrations de la misère. Nous ne les maîtriserons pas, ces migrations, avec des barbelés ou avec des policiers toujours plus nombreux aux frontières. Nous les maîtriserons grâce à un ordre international plus juste.

Et enfin, aussi, je veux une nouvelle donne avec la jeunesse quand l’état de santé des jeunes se dégrade. Un étudiant sur quatre renonce à des soins faute d’avoir les moyens d’aller chez le médecin. Aujourd’hui, la prévention est beaucoup trop faible, alors que la poly-consommation de drogues fait d’ores et déjà des ravages. Je veux la mise en place d’une carte santé jeune, pour que les jeunes puissent bénéficier de consultations médicales gratuites. Et parce que je pense que les grossesses précoces non désirées constituent une atteinte insupportable à la liberté des filles, je réaliserai la contraception gratuite pour toutes les jeunes filles jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. C’est une exigence d’égalité, de liberté et de justice !

Je veux une nouvelle donne avec les jeunes pour le logement. Je l’ai dit tout à l’heure : trois cent mille jeunes sont contraints de rester chez leurs parents parce qu’ils ne trouvent pas de logement. Je crois que l’accès à l’autonomie est le fondement essentiel pour avoir le droit, à son tour, de construire une famille. Et donc, ce besoin fondamental, cette liberté fondamentale, nous devrons la réaliser dans le cadre de cette nouvelle donne.

Et je veux aussi une nouvelle donne avec la jeunesse pour que dans les entreprises, dans les partis politiques, dans les syndicats et dans les associations, vous puissiez réellement exercer des responsabilités à la mesure de vos engagements.

Je veux une nouvelle donne avec la jeunesse, un nouveau contrat moral et politique. La jeunesse, ce n’est pas la variable d’ajustement, première embauchée lorsque l’économie repart, première licenciée lorsque l’économie ralentit. Vous aspirez à prendre en main votre avenir. Vous le démontrez en animant des milliers d’associations à travers la France. Les jeunes veulent parvenir à l’autonomie pour construire eux-mêmes leur vie. Je l’ai dit tout à l’heure, je le confirme ici : je veux que cette aspiration à l’autonomie se concrétise. Car derrière cette aspiration, il y a une demande de reconnaissance. Derrière cette aspiration à l’autonomie, il y a une demande de dignité. Derrière cette aspiration à l’autonomie, il y a la revendication d’un droit à projeter sa vie dans l’avenir.

Alors, c’est le devoir de tout parent que de faire en sorte que ses enfants soient correctement éduqués, aimés et encadrés, avec la juste autorité dont ils ont besoin, et je le dis sans démagogie : ce qu’une génération doit à la suivante, c’est la limite. De même, c’est le devoir de toute société d’assurer un avenir meilleur aux générations suivantes. C’est cela que j’appelle, tout simplement, le droit à l’avenir. Ce droit à l’avenir que la folie néo-libérale détruit. Il n’est pas normal, en effet, que tant de jeunes diplômés exercent des emplois qui demandent des qualifications bien inférieures à celles dont ils disposent et qui, dès lors, prennent la place de ceux qui n’ont pas la chance d’avoir de si hautes qualifications et qui, donc, perdent les emplois qui leur sont destinés. C’est le « descenseur social ». Je veux stopper ce descenseur social et re-tirer l’ensemble des générations vers le haut, car c’est un gâchis énorme pour nos sociétés.

Oui, ce droit à l’avenir, nous allons le conquérir. Comme dans une course de relais, pour gagner, il nous faudra transmettre la flamme, en permettant à la nouvelle génération de commencer la course dans les meilleures conditions.

Je veux opposer une morale de l’action à ceux qui viennent de nous annoncer un nouveau contrat de travail qui n’est rien d’autre que le CNE ou le CPE généralisé. Non ! Il faut empêcher ça !

Vous êtes les enfants de la République. Pour que la République soit à la hauteur de son idéal et des attentes de tous ses enfants, notre histoire doit être partagée et notre mémoire, commune. Au moment où Aimé Césaire rejoint notre combat, je m’adresse à votre génération qui n’a connu ni la colonisation, ni la décolonisation et qui, donc, sans complexe, pourra se retourner vers son histoire pour qu’elle soit celle de tous. Je l’ai déjà dit, je vous le redis solennellement ce soir, car c’est un engagement que je tiendrai : je veux une France qui s’accepte telle qu’elle est devenue et qui considère même que c’est une chance plurielle, diverse, colorée, qui s’en réjouisse et qui sache en tirer parti.

Je veux une France qui reconnaisse comme ses enfants légitimes tous ceux dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière, quoique toujours en butte aux discriminations et aux contrôles d’identité. Je vous le redis du fond du cœur : la France a besoin de vous, car vous êtes notre chance. Je veux un pays qui vous écoute, un pays qui vous comprenne, mais un pays qui soit exigeant envers vous, un pays qui vous épaule dans tout ce que vous entreprenez, sans démagogie, un pays qui entende ce que lui dit Diam’s dans « Ma France à moi » : « Il ne faut pas croire qu’on la déteste, mais elle nous ment (…). Ma France à moi leur tiendra tête jusqu’à ce qu’ils nous respectent ». Je ne veux plus entendre parler de deuxième, troisième ou quatrième génération pour certains enfants d’immigrés alors qu’on ne le fait jamais pour ceux dont les familles sont originaires d’Europe. Je ne veux plus entendre parler, sans arrêt, d’intégration, comme s’il vous fallait toujours administrer la preuve que vous n’êtes pas moins Français que les autres, alors que ce qui fait obstacle sur votre chemin, ce n’est pas un besoin de discrimination positive, c’est tout simplement un déficit d’égalité, donc un besoin, tout simplement, d’égalité réelle. C’est cela, le défi qu’il faut construire !

Je veux une France qui assume avec lucidité une histoire partagée, respectueuse de toutes les mémoires et accueillante à tous les siens. Une France fière de sa République et de sa laïcité quand elles correspondent à ces valeurs universelles qui nous permettent de dialoguer avec le monde, sans que de vieux relents de « mission civilisatrice » fassent subrepticement leur retour dans nos mots et dans nos attitudes.

Ni amnésie, ni repentance : je veux une France capable de porter un regard apaisé et de poser les mots justes sur son histoire ; capable de reconnaître l’esclavage pour ce qu’il fut : un crime contre l’humanité, sans effet bénéfique ; capable de reconnaître la colonisation pour ce qu’elle fit, sans effet bénéfique : dominer et spolier ; capable de reconnaître la part prise par la police de Vichy dans la rafle de Vel d’Hiv et dans la déportation des Juifs français.

Je veux que les enfants des harkis et ceux des militants du FLN, ceux qui vont à la synagogue, à la mosquée, au temple, à l’église, et ceux qui n’y vont pas, fassent vivre entre eux cette valeur de fraternité qui est le plus beau message de la République, en refusant tous les communautarismes. C’est à votre génération de refuser tous les communautarismes ! Ne l’oubliez pas, parce qu’en grandissant, les barrières se dressent, les limites s’installent, les manipulations trouvent leur place. La recherche de je ne sais quelle paix sociale pousse les gens à se replier sur eux-mêmes et sur je ne sais quelle communauté. C’est à vous de refuser cela, parce que c’est vous qui, à votre âge, avez encore la conscience du refus de ces barrières et la soif profonde de l’universalité des valeurs. Pour cela, je compte sur vous. Le combat ne sera pas facile, mais ce combat, il faudra le gagner, parce que la République en dépend, avec ses principes de liberté, d’égalité, de fraternité et d’universalité.

Je vous propose une nouvelle ambition contre tous les racismes et contre toutes les formes de rejet de l’autre sous le prétexte du handicap, de la couleur, de l’origine, de l’aspect physique, du genre ou des préférences amoureuses. Et je propose une justice des discriminations, pour que la justice soit réellement en capacité de sanctionner, et donc de prévenir, car si les sanctions étaient efficaces, les discriminations reculeraient. Pour sanctionner, donc, celles et ceux qui pratiquent quotidiennement ces insultes à la République. Je veux que chaque jeune Français soit en France chez lui et que chaque jeune qui aspire à venir en France pour y réussir soit aussi correctement accueilli. Je veux que chaque regard, quelle que soit sa couleur de peau, soit un signe de bienvenue.

Et puis, issu aussi des débats participatifs, vous allez peut-être penser que ce rapprochement est un raccourci : je pense aussi au droit à la mobilité. Quand je vois des jeunes arrêtés, sanctionnés, disqualifiés, marqués parce qu’ils ont conduit sans permis de conduire, alors qu’on sait que le permis de conduire, ça coûte cher et que ces jeunes n’ont d’abord pas les moyens de se payer le permis de conduire, je dis qu’au nom de ce droit fondamental, ce droit à la mobilité et ce droit à la sécurité, et bien, nous généraliserons au plan national ce qu’ont commencé à faire quelques régions socialistes, en commençant par les jeunes qui sont au premier niveau de la formation professionnelle, en commençant par les jeunes apprentis qui réussissent leur CAP : la République leur paiera le permis de conduire. C’est à la fois une récompense de leur effort d’avoir accédé à cette première qualification, et beaucoup de jeunes, dans les métiers manuels, ont, en plus, besoin de ce permis pour aller travailler. C’est à la fois une récompense de leur effort et un droit fondamental à la mobilité.

Tout cela, c’est le premier étage d’un dispositif d’ensemble : un modèle qui replace le citoyen, son autonomie et donc, sa dignité au centre de toute politique de l’emploi, et pas seulement pour celle des jeunes. Cela se prolongera avec le droit au premier emploi : je ne veux plus qu’un jeune qualifié ou diplômé reste sans rémunération et au chômage au-delà de six mois sans avoir, soit une formation complémentaire rémunérée, soit un emploi. J’appellerai les entreprises à exercer leur devoir, parce que tendre la main à un jeune qualifié ou à un jeune diplômé, c’est préparer la ressource professionnelle qualifiée de demain et il est de l’intérêt même des entreprises que de faire cet effort pour donner à tous les jeunes, ceux qui n’ont pas de piston, ceux qui n’ont pas de soutien, ceux qui n’ont pas de relations et qui, souvent, à diplôme égal, n’ont pas la chance de faire leurs preuves. Les entreprises devront se bouger pour faire en sorte que notre jeunesse ne soit plus gaspillée.

Enfin, je voudrais vous dire que ce que je veux, pour vous aussi, c’est la conquête de l’esprit d’entreprise, de l’esprit de création. Je veux que, partout, ces jeunes que je vois bien formés, parlant des langues, étant bien mieux formés que notre génération… Quand on nous dit, ici ou là : « le niveau du bac baisse » ou « le niveau des diplômes baisse », ce n’est pas vrai du tout ! Les jeunes dans le système scolaire, je les vois, je les compare par rapport à notre génération : et bien, vous êtes bien mieux formés, bien plus dégourdis, ouverts sur le monde, ouverts sur les autres, lisant la presse, allant sur Internet ; il y a un potentiel extraordinaire et jamais je ne tolèrerai que l’on continue à dire que les jeunes sont moins bien formés que lors de la génération précédente. Non seulement ils sont mieux formés, mais ils sont aujourd’hui moins bien rémunérés et moins bien accueillis dans le système économique. Et ça, ça n’est plus possible ! C’est cette France-là qu’il faudra remettre à l’endroit parce qu’aujourd’hui, elle marche à l’envers !

Un dernier mot avant de nous séparer, mais pour nous retrouver dans d’autres réunions.

Je vous invite à faire plus encore progresser la cause des jeunes, dans un pays qui re-tisse solidement les liens de respect, d’affection et de solidarité entre toutes ses générations. Je vous invite à changer la France car, comme l’a si joliment dit Arthur H : « C’est à nous de rendre cette modernité chaleureuse, vivante, de ne pas la laisser à ceux qui se l’approprient, qui la transforment en concept dépassé. Il faut créer une modernité colorée, rêver, inventer notre vie, ni glacée, ni apocalyptique ».

Alors, je vous le demande : apportez-moi votre énergie pour devenir votre Présidente, la Présidente de la France qui change fort ! La Présidente qui vous tend la main, où que vous soyez, pour que vous apportiez le meilleur de vous-même !

Vive la République ! Vive la France !

samedi 3 février 2007

Débat participatif à Ris-Orangis sur la vie chère : le compte-rendu

Kheïra GENC, animatrice locale des socialistes rissois, lance ce premier débat participatif, le premier d’une série de quatre organisés par Thierry MANDON, Président des comités de soutien de Ségolène ROYAL pour la 9ème circonscription de l’Essonne. Elle remercie de leur présence les représentants des partis politiques, en plus du Parti Socialiste, qui soutiennent la candidature de Ségolène ROYAL : Denis CERISY pour le Parti Radical de Gauche (PRG), et Marcus M’BOUDOU pour le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC).

Elle rappelle la démarche souhaitée par la candidate aux élections présidentielles, d’écoute et de participation des habitants dans une première phase de la campagne cruciale pour remettre en contact la politique et le citoyen, pour recréer le pacte républicain.

Les citoyens sont les mieux placés pour exprimer les problèmes qu’ils vivent et les propositions sur les sujets retenus dans ces débats, dont celui de ce soir : la vie chère. Elle présente les deux invités de la soirée, connaisseurs de la thématique : Solange LOTTE, militante d’une association de consommateurs sur la question du surendettement, et Farid JITLI, ancien syndiqué de l’usine LU qui s’exprimera sur les difficultés rencontrées par les bas salaires pour vivre et survivre.

Le thème de la vie chère est vaste, il regroupe à la fois la question du logement (dont la part dans le budget des familles explose depuis 2002 et 2004, et représente aujourd’hui près de 30% pour les locataires comme pour les propriétaires), la question du transport (15% du budget), la question de l’explosion des coûts de l’énergie, etc…Quelques thématiques à développer au cours de la soirée en plus de tout ce qui est lié à l’augmentation du coût de la vie, l’appel au crédit, et qui vise en premier les bas salaires.

Elle rappelle enfin le principe du débat participatif : une phase d’écoute, de prise de note, puis de remontée à Ségolène ROYAL pour une synthèse globale.

Solange LOTTE introduit sur la question du logement, et souligne que toutes les ramifications du coût du logement contribuent à l’endettement des familles. Des familles de plus en plus sensibles au prix de leurs achats quotidiens, notamment depuis l’arrivée de l’euro, des contraintes qui reviennent chaque mois voire chaque jour, comme le loyer (qui atteint des records historiques), les charges d’énergie, les dépenses incompressibles auxquelles d’ajoutent les abonnements mensuels (téléphone, Internet, télévision). Ainsi, le « reste disponible » devient de plus en plus mince. Pour les dépenses d’abonnements, il convient également de ne pas culpabiliser les utilisateurs sur des frais souvent jugés par les banques ou organismes comme superflues : ces dépenses représentent en moyenne moins de 5%.
Le logement reste le poste de dépense le plus important, tant pour les locations dans le logement social que dans le secteur privé ou pour les acquisitions. Ceux qui achètent font en effet face à des problématiques souvent sous-estimées, comme la question du coût des impôts locaux qui viennent se greffer à leur remboursement de prêt mensuel.
Concernant l’immobilier, on est confronté de plus en plus à de véritables scandales, avec la vente de chambres de bonnes minuscules,mais aussi des logements indécents, insalubres en sous pentes, dans les greniers, parfois dans des caves, à des prix exorbitants pour un rapport qualité /prix nettement insuffisant.

Les ressources des familles, elles, n’augmentent pas, ou peu, et l’on constate une explosion des impayés, ainsi qu’une augmentation des expulsions de familles qu’il est très difficile de reloger car personne n’en veut plus.

Pour tenter de remédier à ces diverses hausses des prix, on constate une forte augmentation du recours au crédit, puis un autre et encore un autre : l’engrenage terrible débute, et il devient extrêmement difficile de s’en défaire.
Une commission de surendettement existe bien pour des réaménagements de dettes, ou pour l’obtention de délais de recouvrement, mais les procédures sont complexes, et parfois les contraintes disproportionnées par rapport à un nécessaire maintien du niveau de vie quotidien. Il est en effet parfois demandé aux familles de vendre leur appartement, ou dans de nombreux cas, le « reste pour vivre » est trop mince pour permettre aux personnes de poursuivre une vie normale.
Il convient enfin de dénoncer les pratiques des banques ou organismes de crédit qui ponctionnent des frais financiers considérables, parfois même supérieurs au

Farid JITLI poursuit en soulignant que le vrai problème des familles (et plus particulièrement encore pour les chômeurs et les travailleurs pauvres) est ce qu’il leur reste de disponible pour vivre et consommer, une fois le loyer payé, les impôts directs et indirects. Comment dès lors assurer à chacun un minimum pour vivre décemment, se nourrir, s’habiller, envoyer leurs enfants à l’école ? Quelques idées peuvent être avancées, notamment sur la question fiscale : rendre les impôts plus progressifs, supprimer la TVA, impôt le plus injuste, sur les produits de première nécessité, essayer d’améliorer le net disponible pour que chacun puisse vivre décemment.

Interventions de la salle

EMPLOI
 Que faire contre les patrons voyous qui licencient, délocalisent (comme ALTIS dernièrement, 480 salariés sur la sellette). On subit tout ça, que faire contre ces gens qui se permettent tout ? Ils n’ont pas de problème eux, pour vivre et partir en vacances
 Plus possible de faire face, avec trois enfants, seul, pas d’aide car on gagne ce qui est considéré comme correct, on va finir par travailler au black, en piquant du boulot aux autres, on ne peut rien faire d’autre
 Est-ce qu’un gouvernement réformateur pourrait voir à ce que l’on ne ferme plus les usines, que ceux qui jouent avec l’argent cessent de jouer aussi avec ceux qu’ils emploient, taxer les délocalisations pour empêcher les fermetures d’usine, ou assurer aux salariés un salaire de plusieurs années pour indemniser ceux qu ont perdu un emploi
 Sur la question des licenciements boursiers : je suis scandalisé par ce qui arrive car ces grandes entreprises ont reçu des milliards de subventions payées par nos impôts : on a fini par les doner aux actionnaires et aux fonds de pension américains. J’espère avec Ségolène que ça ne pourra plus se passer avec une principale action à proposer et mettre en œuvre : soumettre l’obtention de subventions à la question du maintien de l’emploi et de garanties pour les salariés.
 Certaines choses expliquent des délocalisations des grands groupes, qui sont parfois obligés par la grande distribution de donner ce que l’on appelle les marges arrières, une partie du chiffre d’affaires. Chez LU en 50 ans, ce reversement est passé de 15% à 53%. Malgré cela, ces entreprises engrangent des bénéfices grâce aux délocalisations, à la diminution des coûts de production. A l’étranger, en Tchéquie ou en Pologne, les conditions de travail sont autres : ils travaillent 6 jours sur 7, avec des salaires médiocres, ce qui assure des bénéfices aux entreprises. Mais il ne faut pas mettre des modes de vie si différents en concurrence.
 Lorsque l’on travaille depuis des années, qu’on perd son emploi et qu’on a passe des années au chômage, quand on retrouve un emploi, par chance, on perd beaucoup en salaire. J’ai 38 années d’expérience dans la comptabilité, j’ai retrouvé un boulot mais au SMIC, inférieur à ce que je touchais aux ASSEDIC. Et on est menacé d’être radié si on accepte pas. Pourtant, nos dépenses sont les mêmes, tous les frais engagés quand on travaillait restent, on ne touche pas les aides avec nos revenus. Il faut toujours repartir à zéro mais pourtant la vie continue quand même.
 Je remarque que la majorité des marques de vêtements aujourd’hui viennent de Chine, et de plus en plus. Comment peut-on arriver à ce que ces produits, fabriqués souvent par de la main d’œuvre très peu chère, voire même par des enfants qui travaillent à la chaîne comme des esclaves, soient taxés ? Il faut freiner cette situation, cette exploitation des autres qui est aussi dangereuse pour nos emplois.
 Sur les produits de Chine et d’ailleurs : on a le même problème simplement en Europe, entre les pays de l’est et nous. Il y a une telle différence de niveau de vie, de salaire et de coût des matières premières. Tant que ce ne sera pas harmonisé, fiscalement et socialement, on a pas fini de voir des patrons voyous délocaliser à l’intérieur même de l’Europe, ou encore plus loin. Le patron de Danone implante des usines au Bengladesh maintenant. Avec 23000 salariés en Chine, je vous laisse imaginer le coût de la main d’œuvre. Il faut réguler cette mondialisation sauvage à l’intérieur de la planète, mais ne serait-ce déjà qu’en Europe.
 Aujourd’hui les salaires sont tirés vers le bas. Il a existé pour LU après la fermeture de l’usine, une cellule de reclassement. On a constaté des pertes de salaire de 30 à 40%, même chez les ingénieurs. Une jeune femme de 30 ans, ingénieur à l’usine LU, est devenue chef de production à Cherbourg, responsable de 45 personnes, pour 7000 francs par mois, il faut imaginer les autres !
 Si Ségolène passait, il faut multiplier les places en crèche, dans le public mais aussi en entreprise car beaucoup de femmes ne travaillent pas à cause des enfants. Ma femme a refusé beaucoup d’offres car on n’a pas trouvé de garde, si c’est pour gagner le SMIC pour juste payer la nourrice, c’est inutile.
 Il a une véritable concentration des richesses contre laquelle il faut lutter. Dans le milieu du bâtiment par exemple, les prix ont suivi le cours de l’inflation depuis 10 ans, par contre les prix des matières premières (près de 40% du coût global) ont pris de 10 à 15% en 5 ans. Pour maintenir les marges, la seule solution a consisté à tirer sur les salaires. On s’aperçoit ainsi que ce sont les salariés qui ont payé les bénéfices de ceux qui encaissent les profits. Toutes ces entreprises ont vu leurs bénéfices exploser, et les salariés ont payé. On a renié pour maintenir les marges sur les revenus des salariés et pas sur le dos des multinationales qui transforment cette matière première nécessaire.
 On oublie une chose : le salaire de la personne au foyer, reconnu officiellement comme un travail avec salaire pour être employé, pour alléger les crèches et compenser des inégalités.
 Je veux interpeller Madame Royal par rapport aux emplois précaires ou aidés. Il existe beaucoup de dispositifs mais certains patrons en abusent au détriment des contrats de droit commun. Ces derniers temps, pour la comptabilisation des baisses du chômage, énormément de contrats très précaires ont été utilisés dans les établissements scolaires. C’est une grande fragilité pour ces gens. Au départ ces contrats devaient être des phases d’insertion et non des emplois pérennes.
 Il faut faire attention quand on prône la disparition des emplois aidés, c’est la proposition de Sarkozy qui veut tous les supprimer et les remplacer par les CNE.
 Il existait il y a quelques années des emplois fixes pour s’occuper des enfants lourdement handicapés dans les écoles (les AVS). Ces contrats n’existent plus, ils ont été remplacés par des CAE, sans aucune formation et avec un emploi précaire, pour une seule année scolaire, avec donc un turn-over déconcertant pour les enfants.

COÛT DE LA VIE
 ne pas penser seulement aux difficultés quotidiennes mais aussi aux vacances : ceux qui gagnent peu d’argent ne peuvent pas partir en vacances (voir le prix des mobil home à plus de 1000 euros la semaine, ou le prix d’un séjour à la montagne), souvent les parents envoient les enfants en colonies et ne prennent eux-mêmes qu’une seule semaine de vacances
 Sur la question des vacances, il n’y a pas que les locations qui sont chers et qui empêchent les gens de partir plus d’une semaine maximum, il y a aussi le coût de la vie sur place, sur le littoral. Il faut jouer sur la TVA car Chirac a diminué les impôts sur le revenu et à la place fait tout augmenter
 Accès à la culture : si on a la chance d’avoir le centre Desnos à Ris-Orangis, l’ascenseur social doit pouvoir fonctionner pour tout le monde. On a envie aussi d’aller à Paris, au théâtre mais on ne peut plus le faire. Avant on gagnait beaucoup moins et on s’en sortait, mais aujourd’hui on ne s’en sort plus, on est tiré vers le bas, on est en train de s’enfoncer, on est obligé de compter sans arrêt, on ne vit pas, il n’y a pas de qualité de vie, le quotidien n’est pas facile pour les gens.
 Les gens s’enfoncent de plus en plus, il y a de plus en plus de surendettement car les gens se laissent enfoncer, de plus en plus de crédits. Qu’est-ce que le gouvernement peut faire contre ceux qui arnaquent les pauvres gens, on est relancé tout le temps par les organismes de crédit. Une femme a fait 7000 francs de dettes sans présenter une seule fiche de paie, c’est inadmissible. Les jeunes surtout s’endettent de plus en plus, une vraie réflexion doit être menée contre ces gens qui proposent des crédits avec des taux de 20%, et qui profitent de la misère des gens.
 Ces crédits sauvent aussi, moi je les ai utilisés, pour vivre il faut trois banques pour utiliser les trois découverts, on est obligé.
 Il faut aussi penser aux banques, à ces services faits par la banque qui ponctionne des frais bancaires exorbitants. Tout est par prélèvement automatique, il n’y a plus aucune maîtrise de votre compte en banque. Et on vous taxe de 13 euros pour faire supprimer un prélèvement automatique. Il n’y a pas que des patrons voyous, mais aussi des banquiers voyous. Quand vous êtes dans le besoin ou que vous rencontrez des problèmes de paiement, que fait la banque ? Elle ponctionne des agios.
 Moi je suis sans emploi, je ne peux pas ouvrir de compte dans une banque, je n’ai pas le droit au crédit, je ne touche que 400 euros par mois d’indemnité avec un enfant, et mon loyer est déjà de 500 euros. Quand je vais voir pour des aides, on me débloque 100 euros, qu’on me donne pour mon enfant, et pour ça je dois remplir un tas de papiers, ça me coûte 20 euros pour faire les photocopies, prendre le bus pour aller à droite et à gauche.
 Le crédit revolving est la plus mauvaise des choses, et est fortement déconseillée par les associations de consommateurs. Il faut préférer la négociation d’un découvert car ou l’obtention d’un prêt fixe, car les crédits revolving sont étudiés pour que jamais vous ne puissiez rembourser.
 Quand j’ai eu des problèmes d’argent je suis allé voir une association de consommateur. On m’a demandé si j’avais ma carte, on m’a demandé de prendre ma carte à 50 euros avant de me renseigner.
 Sur les dépenses de transport, j’habite ris, je travaille à Montreuil, je n ‘ai pas de voiture par choix pour contribuer à l’écologie. Je paie donc une dépense de transport mensuelle importante et j’attends d’un futur gouvernement socialiste qu’il veille à limiter l’augmentation des dépenses de transport. Je comprends la nécessité des investissements, du nettoyage mais je ne vois pas pourquoi il y a cette augmentation obligatoire du 1er juillet. Je ne ferai pas de commentaires sur le fonctionnement de la ligne D du RER mais il me semble que les sommes que nous payons pourraient être consacrés à l’amélioration de cette ligne.
 Sur la question du transport : la carte orange est trop chère pour un service non satisfaisant. La ligne D, on va péter les plombs.
 Il y a une réelle difficulté à trouver des indices de coût de la vie car les entreprises de grosse distribution ont réussi à détourner ces calculs. En suggestion, il faudrait demander à calculer le coût des produits au litre ou au kilo pour mesurer le coût de la vie et son augmentation. Sur les circuits de distribution : les producteurs qui s’échinent toute la vie touchent un tout petit prix sur leur production, alors que les consommateurs se retrouvent avec des prix astronomiques. C’est à cause de l’augmentation des coûts de transports et autres bien sûr, mais des études sur les marges sont à mener sérieusement.
 J’ai trois questions à la candidate : que faire pour le logement pour tous dans le programme socialiste ? comment faire pour augmenter les bas salaires beaucoup plus que les moyens ou les forts pour équilibrer les revenus ? Que faire avec les gros salaires, et l’impôt sur la fortune ? L’enlever ou le laisser ?

SANTÉ
 La vie chère concerne aussi la santé, devant laquelle les gens ne sont pas égaux, on doit faire face à une médecine à deux vitesses. Par exemple, si l’on prend le cas d’une personne qui vient faire un scanner dans un hôpital public, elle téléphone pour un rendez-vous, avec un délai de 2 à 3 mois. Quand elle est victime de trop de souffrance, elle rappelle et on lui propose un rendez-vous rapide mais dans le secteur privé, elle paie donc l’acte médical beaucoup plus cher. Alors que les médecins exerçant dans le public ne peuvent exercer en parallèle dans le privé plus de l’équivalent de 20% de ses honoraires, cette règle n’est pas respectée. Il y a également un problème dans le parcours de soin : on ne peut consulter que quatre spécialistes sans passer au préalable par un médecin traitant, ce qui oblige, pour beaucoup de personnes qui consultent un médecin spécialiste, à régler la consultation de leur médecin traitant puis la consultation du médecin spécialiste.
 Mon fils a eu un accident du travail. Il touche 4,56 euros par jour par la Sécurité sociale, alors qu’il a même fallu attendre un mois et demi à deux mois pour se faire reconnaître accidenté du travail. Il n’y a pas trop de problème pour mon fils car il habite chez nous, mais comment font les autres ? Il faut accélérer les remboursements de la Sécurité sociale.
 J’ai été arrêtée 8 mois, de juillet jusqu’à novembre, pas payée, avec tout ce qui va avec (problèmes de banque, de loyers en retard) et si je n’avais pas eu mon fils, je serais morte de faim.
 Il n’y a pas que des délocalisations il y aussi des usines qui restent en France, et qui pratiquent souvent du harcèlement moralsur les gens pour éviter de les licencier et pousser à la démission. J’ai connu une femme presque poussée au suicide.
 Sur le parcours de santé, j’ai une maladie lourde cardiaque depuis toujours et suis porteur d’un stimulateur cardiaque, et donc suivi par des spécialistes. A l’époque, j’étais pris en charge en entier par la Sécurité sociale. Aujourd’hui, je ne suis plus suivi par le milieu hospitalier, mais je suis renvoyé vers les spécialistes de ville déconventionnés, où les soins sont très chers, jusqu’à 500 à 600 euros chaque année d’avance avant remboursement. Comment font les familles en difficulté ? Il est impossible de faire cette avance. Comme il est scandaleux de devoir payer 1 euro par acte médical.

LES JEUNES
 Il faut aborder la question des jeunes, et particulièrement les jeunes qui font des études, en parlant concret comme le souhaite Ségolène. Il est inadmissible de pousser les jeunes à faire des études pour au final les mettre dans la précarité : certains se prostituent même pour avoir les moyens de survivre, l’université devient chère pour s’inscrire, les transports coûtent aussi, il n’y a pas suffisamment de bourses. Quand le budget des parents est juste, il est impossible aux enfants de s’en sortir, avec la nourriture, un peu d’argent de poche, sachant qu’ils restent pourtant de plus en plus tard chez leurs parents. Il n’est pas normal que les jeunes, les cerveaux de demain pour construire la France, qui ont la volonté, soient abandonnés, faute d’aide suffisante. La France est aujourd’hui dans l’Europe, et pourtant il y a peu de possibilité d’aller faire des études dans d’autres pays comme l’Angleterre. Les familles sont contraintes à de lourds sacrifices par choix.
 Il faut revenir sur les difficultés rencontrées par les étudiants pour faire leurs études à l’université. C’est l’ élite de demain. Le schéma pour arriver au sommet de leurs études est semé d’embauche. Ils sont obligés de travailler pour joindre les deux bouts, de jongler avec les transports publics, rencontrent des problèmes pour manger. Les restaurants U sont souvent éloignés, ou bondés. Il faut permettre aux étudiants de parents de revenus modestes ou qui ont plusieurs enfants, des prêts remboursables ultérieurement. Les étudiants diplômés ne trouvent pas d’emploi malgré leurs études, et quand ils trouvent un logement, les parents doivent encore se porter caution, c’est inadmissible.

LOGEMENT
 Je louais un appartement 520 euros par mois dans le locatif social, mais j’ai perdu mes droits à l’APL car ma fille a plus de 20 ans. J’ai acheté un appartement dans le privé, qui me coûte aujourd’hui 430 euros par mois, sur 25 ans. Avec 16000 euros par an, ce qui n’est pas énorme, je n’ai plus de bourse départementale (aide à la restauration pour le collège) car je gagne trop.
 Sur la question de la santé, quand on va dans un centre médical, les mutuelles ne remboursent qu’au bout de 4 mois, alors que si on va chez un dentiste normal on est remboursé tout de suite.
 Il existe des aides multiples, beaucoup de gens ne s’y retrouvent plus. Rien que pour le logement : comment comprendre la différence entre une allocation logement et l’APL, quelle est la différence ? Pourquoi un système plutôt qu’un autre ? Ce système d’aide est illogique. Il faut simplifier les aides, que les gens puissent s’y retrouver dans leurs droits, pour le logement ou pour d’autres domaines. Il faut remettre tout à plat pour balayer tous les problèmes. Tout le monde est perdu, ça change continuellement. Il faut aussi savoir qu’avec certaines aides, quand vous avez le droit à trop peu, elle n’est pas versée du tout.
 Sur le prix des loyers : comment faire pour freiner cette hausse exponentielle, car aujourd’hui le poste loyer est à près de 30%, les impôts à la même hauteur environ, il va nous rester quoi pour consommer ? Il faut mettre en place un système pour réguler ces hausses.
 L’offre de logements est insuffisante, que ce soient les logements sociaux ou intermédiaires. Dans les communes, on attaque les maires sur le non-respect des 20% de logements sociaux, mais ils nous répondent que les terrains sont trop chers, mais on pourrait quand même réquisitionner les terrains de l’État pour construire du logement social. Il est possible de jouer au niveau du foncier.
 J’habite un F4, quand j’ai divorcé, seul avec mon fils, j’ai voulu un logement plus petit. On m’a répondu que je ne gagnais pas assez. Je suis donc resté dans mon logement trop grand. On m’a ensuite proposé un appartement insalubre. J’ai pu garder mon F4 grâce à l’APL mais dans mon immeuble je vois beaucoup de grands appartements avec une personne seule dedans, alors que parfois, ils sont 6 ou 7 dans un F3.
 Sur la question de l’accession à un logement, la situation actuelle du coût du logement et du foncier fait qu’une personne salariée en CDI touchant le SMIC voire 10% au-dessus, ne peut prétendre au logement social. On a donc de nouveaux exclus : les salariés. Face au manque de logement, on demande des garanties pour louer. Deuxième élément : les charges du logement (chauffage, coût de l’énergie) sont exponentielles. Il faut additionner le prix du loyer pour les locataires, les charges d’électricité, avec des augmentations qui vont jusqu’à 20 à 30% alors que les salaires n’augmentent pas autant, voire baissent. Les taxes locales, avec la décentralisation de l’État qui a obligé les régions et départements à augmenter les impôts, les taxes d’habitation et les taxes foncières pour payer les transferts non compensés. Avoir un toit est le minimum dans une société qui se dit moderne.
 Sur la Ville, il y 0 ou 1 F5 qui se libère par an, quasiment la même chose pour les F4. Les personnes seules qui occupent ces grands appartements sont souvent des retraités qui sont arrivés il y a longtemps avec le loyer de l’époque. Mais aujourd’hui, ils restent car ils n’ont pas la possibilité, avec les baux qui ont changé et les loyers qui ont augmenté, de payer plus cher un appartement plus petit.
 Sur le blocage des loyers, il faut savoir que l’augmentation dans les HLM est réglementée. Tous les ans elle est environ de 2%, mais les HLM augmentent souvent plus. Il faut étendre les sanctions aux bailleurs qui ne respectent pas la loi. Dans le privé, c’est l’indice du coût de la construction qui donne le droit à une augmentation de loyer, qui est limitée là encore, mais pas respectée. L’Etat doit avoir un rôle à jouer pour diminuer le coût de production des logements, car ensuite il existera toujours une volonté, par exemple des propriétaires, de rentabiliser leur dépense en se rattrapant sur les loyers.
 Pour les familles qui habitent dans des appartements type F4 ou F5, petit à petit, les enfants s’en vont, et on se retrouve à 2 dans un grand appartement, sans pouvoir déménager car les autres loyers sont trop chers. À côté de cela, des familles cherchent des logements plus grands ; pourquoi les sociétés HLM ne proposent pas à ces personnes âgées de bénéficier d’un F3 ou du F2 au même prix que leur grand appartement, en récupérant la différence avec la nouvelle famille.

LA JUSTICE
 Il faut aussi réfléchir à une justice plus équitable : quand on est pauvre et que l’on se retrouve dans une situation de conflit, ou que l’on est victime, que l’on demande réparation, c’est souvent impossible car il faut des moyens pour payer un avocat et être correctement défendu. Par exemple, un motard qui se fait piquer sa moto, la police lui répond qu’il ne faut pas espérer la retrouver, mais pour le fils de Sarkozy, on a fait des prélèvements ADN, et le scooter a été retrouvé. Il y a deux poids deux mesures.
 Sur l’aide juridictionnelle, il faut aussi parler du cas du tribunal des prud’hommes. Aujourd’hui il n’est pas possible de se défendre, d’aller demander l’aide juridictionnelle. Il y a trop de demandes, ça prend 5 ou 6 mois car il y a d’autres priorités. Pas d’aide si pas de moyens

LA FISCALITÉ
 A quand la réforme fiscale ? Car l’état a besoin de prélever l’impôt, mais un impôt juste. Par exemple, la taxe d’habitation devrait inclure tous les revenus, ce n’est pas le cas aujourd’hui, c’est un impôt très injuste, et un des éléments de la réforme fiscale.
 La taxe professionnelle n’est pas la même partout, peut-on la baisser en France pour augmenter les salaires ? Et taxer les patrons qui font des énormes bénéfices pour redistribuer l’argent, payer le chômage et les RMI.

CONCLUSION, par Thierry MANDON

D’abord je voudrais dire qu’en deux heures de débat, ce que vous avez dit est à la fois très dense, et beaucoup ont parlé, et c’est souvent comma ça dans les dbétas participatifs qu’a voulu Ségolène, et je pense que c’est une très bonne méthode dans cette campagne, ou plutôt dans ce tout début de campagne, de partir des préoccupations des habitants et citoyens et donc de ceux que la gauche a à représenter. Moi ce que je retiens et ce que je transmettrais à Ségolène dès demain après-midi, c’est que cette question de la vie chère est une question extrêmement large. On est parti du logement, du travail, des salaires, et on aurait pu se dire qu’avec ça, il y avait suffisamment à dire et d’ailleurs de nombreuses propositions ont été faites, que je ne répète pas mais que j’ai noté.

Mais vous avez élargi le sujet, à juste titre, à la question de la santé, aux études et à la scolarité, à la retraite, à l’injustice du sytème des impôts, aux transports, à la question de la grande distribution, à la culture, au comportement des banques, au rôle de l’euro,… Bref : c’est un problème massif qui touche l’ensemble de notre vie quotidienne, et si en plus il y a dans la vie un accident de parcours, et aujourd’hui l’accident de parcours est malheureusement de plus en plus sûr, alors là, c’est la fin.

On voit bien que l’organisation sociale de notre pas par rapport à ce qu’est devenue aujourd’hui la réalité économique et sociale est complètement déconnectée.

Je retiens aussi combien nombre d’entre vous ont lié cette question de la vie chère à la question des droits, et donc de l’injustice. Quand on s’estime lésé dans ses droits, on ne peut pas se défendre car on n’a pas les moyens. Ainsi, nous avons une société qui vous menace de plus en plus, et qui vous interdit de faire valoir vos droits, qui certes a développé des systèmes d’aides mais trop complexes pour lesquels il faut investir de l’argent pour avoir des aides.

On a donc un système social en train de se déliter, et derrière vos propos, on voit bien l’immense sentiment d’injustice et en même temps un sentiment de chape de plomb, on ne sait plus comment faire par rapport à tout ce niveau d’injustice.

J’ai noté aussi un appel fort à la réglementation, à l’encadrement, à des règles nouvelles, qu’il s’agisse du blocage des loyers, qu’il s’agisse de règles beaucoup plus contraignantes sur l’accès au crédit, sur le comportement des banques ou de la grande distribution, c’est à dire des appels qui s’adressent à des choses qui sont exactement le contraire du libéralisme que propose les adversaires de Ségolène. En filigrane, et vous allez dire que c’est de l’idéologie, mais on part des problèmes du quotidien et ça nous fait formuler des appels à des choses, à des valeurs qui sont opposées à celles qui gouvernent aujourd’hui.

J’ai trouvé cette soirée extrêmement riche, extrêmement intéressante, et tout sera remonté. Certains d’entre vous ont posé des questions auxquelles nous n’avons pas répondu, non pas que nous ne les trouvons pas intéressantes et que nous n’ayons pas de réponses, mais simplement parce qu’à cette étape de la campagne, Ségolène a voulu d’abord écouter ce qui se dit, écouter les plaintes, laisser parler les gens y compris ceux qui n’ont pas l’habitude de parler en public. C’est un peu différent comme méthode de ceux qui pensent avoir toutes les réponses qu’il faut apporter, même quand ils gouvernent depuis 5 ans, mais je pense que c’est une bonne méthode, qui va se poursuivre dans les jours qui viennent. La semaine prochaine mercredi nous serons à Epinay sous Sénart à 20h sur les questions des sécurités, et jeudi nous serons à Saint Pierre du Perray sur l’environnement.

Demain nous aurions dû être à Draveil sur les questions liées à l’éducation. Malheureusement, les copains de Draveil m’ont expliqué que la salle qui avait été mise à leur disposition par la Mairie leur avait été finalement refusée au dernier moment, au prétexte de je ne sais quoi. Donc, demain nous serons quand même à Draveil pour expliquer ce qui s’est passé, mais on ne pourra pas faire un forum sur l’éducation en plein air, et donc nous reportons ce débat au mardi 6 février à 20h, toujours à Draveil, mais cette fois-ci au Centre de Loisirs de Champrosay, une salle qui nous appartient.

Tous ces débats ont été enregistrés, et même retranscrits en direct pour alimenter le site www.desirsdavenir.org sur lequel vous pouvez vous-même aller pour continuer le débat et faire des propositions.

Ségolène reçoit des comptes-rendus de centaines de réunions comme celle-là, sur toujours les mêmes thèmes, et on pense qu’il y en aura plus de 5000 en France, et elle a toute une équipe qui est en train de dépouiller tous ces comptes-rendus pour en faire une synthèse et alimenter ses propositions de campagne, et le 11 février prochain à 15h à Montreuil, elle présentera le compte-rendu complet de tous ces débats participatifs, et les propositions retenues. Venez y participer, c’est gratuit, et c’est public.

Dernière chose, je pense que vous avez eu raison ce soir de faire la liaison entre la question de la vie chère et la question de la mondialisation. De la baguette de pain ou de la paire de chaussures à l’avenir de la planète, car dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, ce sont des choses qui se rejoignent.

Je vous informe que Ségolène ROYAL a demandé à Farid, ancien syndiqué de l’usine LU, d’organiser une réunion qui se tiendra à Ris-Orangis sur la question des délocalisations qui ont eu lieu en France ces dernières années. Nous allons ainsi recevoir à une date prochaine, début mars, une réunion avec toutes les entreprises qui, comme LU, ont été délocalisées ces dernières années, avec les représentants syndicaux et les responsables de ces entreprises, pour essayer de réfléchir aux réponses à apporter à ce phénomène, à quelles actions on peut mettre en place pour le limiter et protéger beaucoup mieux les salariés.

Je remercie très fort tous les intervenants de ce soir.

jeudi 1 février 2007

La démocratie selon le Maire de Draveil...

Communiqué des amis des socialistes de Draveil :


Le 31 janvier 2007

Madame, Monsieur,

Nous nous voyons contraints de reporter le débat participatif consacré aux questions sur l'éducation prévu ce soir à Draveil compte-tenu des entraves mises par la municipalité à l'organisation de celui-ci.

En effet, après que la salle nous ait été confirmée disponible et que nous ayons lancé les invitations, la municipalité nous a informé que la salle était réservée de longue date.

Cette méthode n'est pas nouvelle à Draveil et rejoint une longue liste de problèmes que nous rencontrons (voir courrier adressé à Monsieur Tron au dos).

Nous nous voyons donc contraints de reporter le débat au :

Mardi 6 février 2007
à 20 h 00

au Centre de Loisirs de Champrosay
rue du bas Champrosay - 91210 DRAVEIL


En vous renouvelant nos excuses pour ce contretemps qui n'est pas de notre responsabilité, nous vous attendons nombreux à la réunion de mardi prochain.


Les Amis Socialistes de Draveil


Lettre envoyée au Député-Maire de Draveil par les amis des socialistes de Draveil :

Draveil,
Le 31 janvier 2007


Monsieur le Député-Maire,

Je suis au regret de constater qu'une nouvelle fois vous déployez tous vos efforts pour empêcher une activité démocratique dans votre commune ou y mettre de telles entraves qu'elle devient impossible.

Après que vos services nous aient annoncé qu'il était possible d'organiser ce soir un débat participatif autour des questions d'éducation, vous nous informez ces derniers jours que la salle réservée de longue date n'est plus disponible. Vous savez d'ailleurs que nos invitations ont été lancées et n'avez pas voulu proposer de salle de remplacement, votre Directeur de Cabinet ayant lui-même convenu qu'il s'agissait d'une position de principe.

Même chose la semaine dernière où pour des vœux du Parti Socialiste que nous souhaitions organiser et qui demande un temps de préparation, la confirmation écrite de la disponibilité de la salle ne nous a été adressée que 4 jours avant la date retenue.

Je pourrais multiplier les exemples de même nature ou rappeler que, contrairement à la loi, vous effectuez une censure sur les droits d'expression de l'opposition dans votre journal local.

Bref, toutes ces atteintes au bon fonctionnement démocratique dans votre commune sont intolérables et j'entends les faire connaître aux Draveillois.

Je vous prie de croire, Monsieur le Député-Maire, en l'assurance de mes salutations distinguées.

Daniel GROISELLE
Président des Amis Socialistes de Draveil

vendredi 19 janvier 2007

Exprimez-vous !

Parce que nul ne détient seul la vérité, et afin d’élaborer un « projet pour la France » en encourageant la participation des citoyens, Ségolène Royal, candidate aux élections Présidentielles des 22 avril et 6 mai 2007, a souhaité que soient organisés des débats participatifs autour de ses priorités. Des centaines de débats sont organisés dans toute la France et sur internet (www.desirsavenir.org), les idées qui en résultent feront l’objet d’une synthèse.

Nous avons le plaisir de vous inviter aux 4 débats participatifs qui se tiendront :

– le mardi 30 janvier 2007 à 20 h 00 à Ris-Orangis
Thème : Emploi – Vie chère
Restaurant scolaire Orangis – Rue du Château d’Eau

– le mercredi 31 janvier 2007 à 20 h 00 à Draveil Thème : Education
Salle Chapuis – 97 bis boulevard Henri Barbusse

– le mercredi 7 février 2007 à 20 h 00 à Epinay Sous Sénart Thème : Les luttes contre les violences et les insécurités
Foyer Guy Chatais – Villa Lecoq – Rue du Petit Pont

– le jeudi 8 février 2007 à 20 h 00 à Saint Pierre du Perray
Thème : Environnement
Salle Jean Villard – Rue de la mairie

mercredi 10 janvier 2007

Les Voeux du Parti Socialiste à Ris-Orangis

Kheïra GENC, Secrétaire de section, et les socialistes rissois, auront le plaisir de vous adresser leurs voeux pour 2007 le :

Samedi 20 janvier 2007 à 11h30
en présence de Thierry MANDON,
Maire de Ris-Orangis,

1er Vice-Président du Conseil général de l'Essonne

au restaurant scolaire de l'école Orangis

Les voeux de Thierry MANDON

Les socialistes de Ris-Orangis
vous souhaitent une très bonne année 2007


Retrouvez les voeux de Thierry MANDON :
flash :
http://www.thierrymandon.fr/tv/tm2007.htm